TessRoman PolanskiFrance, Grande-Bretagne, 1979À la fin du XIXe siècle, à Marlott, village du Dorset, John Durbeyfield (John Collin), un petit revendeur ivrogne, apprend du pasteur Tringham (Tony Church) que son nom est une déformation de celui d’une famille aristocratique, les d’Urberville. John décide d’envoyer sa fille Tess (Nastassja Kinski) au manoir de Trantridge, où vit cette famille, pour réclamer un emploi en arguant de ce lien de parenté. Séduite par Alec (Leign Lawson), le fils Urberville, elle tombe enceinte, mais l’enfant meurt quelques jours après sa naissance. Contrainte de s’enfuir, elle trouve refuge dans une laiterie d’un village voisin. Là elle tombe amoureuse d’Angel (Peter Firth), le fils du pasteur. Tous deux vont célébrer leur mariage, le bonheur semble être parfait, mais le passé de Tess refait surface…
Publié en 1891, Tess d’Urberville est généralement considéré comme le chef-d’oeuvre de Thomas Hardy. Le romancier y brosse un tableau de la vie rurale au XIXe siècle et plonge dans les replis les plus secrets de la condition et de l’âme humaine. Pour Roman Polanski, porter Tess à l’écran constitue l’aboutissement d’un vieux rêve : « Ce qui m’attirait également dans ce roman, c’était le thème de la fatalité : belle physiquement autant que spirituellement, l’héroïne a tout pour être heureuse. Pourtant le climat social dans lequel elle vit et les pressions inexorables qui s’exercent sur elle l’enferment dans une chaîne de circonstances et la conduisent à un destin tragique. ». Quand le cinéaste arrive en France, après ses triomphes à Hollywood (Rosemary’s Baby en 1968 ou Chinatown en 1974), le producteur (et ami de Polanski) Claude Berri n’a qu’une seule idée en tête, produire un film avec lui : « Je voyais l’occasion de faire un film international, mais on ne me prenait pas au sérieux. Jusqu’au jour où j’ai produit Tess. Je me rappelle que je venais assister au tournage et que je ne cessais de me dire à quel point Roman était un grand metteur en scène.» Nastassja Kinski incarne Tess, à qui elle apporte son talent, sa beauté radieuse et juvénile. Par souci d’authenticité, le réalisateur la force à maîtriser l’accent du Dorset, à reproduire les gestes des paysans lors du travail à la ferme et dans les champs. « Elle a l’âge du rôle, elle est belle, elle est humble, elle est digne, elle exprime parfaitement la soumission de cette fille à un “ordre” où la révolte n’a pas de place, et surtout elle est remarquablement dirigée par son metteur en scène. » écrit alors Jean de Baroncelli dans Le Monde du 5 novembre 1979. Il poursuit sur le film en des termes élogieux : « Amour, orgueil, honte, remords, désespoir : sous la pudeur de la mise en scène et la beauté tranquille des images, c’est le feu des passions qui couve tout au long du récit. Polanski le provocateur est devenu Polanski le romantique… Ce film-fresque où le réalisme et le lyrisme ne cessent de se conjuguer, est, à coup sûr, son “chef d’oeuvre” au sens artisanal du mot… » À sa sortie, Tess reçoit un accueil unanime.
À travers la MancheBien que l’action se déroule en Grande-Bretagne,le film a été intégralement tourné en France, Roman Polanski étant interdit de séjour là-bas : le Dorset a été réinventé en Normandie, dans les paysages du cap de la Hague ainsi qu’en Bretagne, notamment à Locronan, au château de Beaumanoir, ainsi qu’à Condette. Le site mégalithique de Stonehenge a été reconstitué en Seine-et-Marne
« Pour Sharon »Ce film est le cinquième du réalisateur après l’assassinat de sa femme, Sharon Tate, à qui il est dédié.Quelques mois avant de mourir, elle avait offert à son mari ce classique de la littérature victorienne. Chef opérateurLe tournage fut marqué par la mort du directeur de la photographie britannique Geoffrey Unsworthaprès trois semaines de tournage. Il fut remplacé par le Belge Ghislain Cloquet, qui avait déjà collaboré notamment avec Louis Malle, Jacques Demy et Claude Berri.
Le film a été couvert de récompenses : trois César, (meilleurs film, réalisateur et photographie), |