Runaway TrainAndrei KonchalovskyÉtats-Unis, 1985Quartier de haute sécurité de Stonehaven, Alaska. Manny (Jon Voight) est un prisonnier dangereux et endurci. Condamné à une longue peine après deux tentatives d’évasion, il est la bête noire du gardien-chef Ranken (John P. Ryan), qui, depuis plusieurs années, s’efforce de le briser. Les jeunes détenus ont fait de Manny un héros de la résistance à l’ordre carcéral. Manny veut s’évader une dernière fois. Le jeune Buck (Eric Roberts) lui offre son aide…
Runaway Train s’inspire d’un scénario original d’Akira Kurosawa écrit à la fin des années soixante pour un studio américain. En 1981, Francis Coppola, qui vient de coproduire Kagemusha, et Tom Luddy, l’un de ses collaborateurs d’American Zoetrope (et par ailleurs fondateur-directeur de l’incomparable festival de Telluride), contactent Konchalovsky pour reprendre ce projet que Kurosawa, en désaccord avec son coscénariste américain et avec le producteur Joe Levine (qui refusait d’engager ses collaborateurs habituels), avait décidé d’abandonner. Konchalovsky se rend à Tokyo pour voir le maître japonais, qui l’adoube en le laissant adapter son scénario. Jon Voight, fervent admirateur de Konchalovsky, jouera Manny, le rôle le plus surprenant de sa carrière qui en compte pourtant quelques-uns. Pour se préparer, l’acteur passe de nombreuses heures à San Quentin : « La prison révèle ce qu’il y a de pire en l’homme, déclare-t-il alors. C’est un environnement primaire, où les émotions s’expriment de la manière la plus crue. Manny s’y est bâti une vie fondée sur la haine et le désespoir. Mais il y a également acquis une grandeur incontestable, une énergie inépuisable, quasi animale. » Pour compenser son allure juvénile, Voight se métamorphose physiquement, transforme sa voix. Il racontera aussi avoir visionné avec Konchalovsky l’extraordinaire documentaire Scared Straight ! d’Arnold Shapiro (1978). De là lui est venu l’idée de cette moustache qui transforme totalement son visage. Eric Roberts, lui, remplaça Tom Berenger parti tourner Platoon avec Oliver Stone (pour un rôle qui fut aussi proposé à Jeff Bridges). Il connaissait déjà l’univers carcéral : « J’ai grandi dans un quartier que fréquentaient de nombreux anciens prisonniers. J’aurais pu y croiser Buck, ce pauvre type naïf, plutôt brave et désespérément malchanceux. Le tournage n’en fut pas moins une rude épreuve, comparable à celui de Star 80 (Bob Fosse, 1983). Le film m’apparaît comme un récit d’initiation : Buck vit dans un univers de dur complètement romantique et imaginaire. Son rêve se dissout à la fin. Buck va devenir enfin adulte. » Le troisième personnage du film est Sara. Le rôle était initialement prévu pour un homme, Konchalovsky en fit une femme, et le confia à Rebecca DeMornay, récemment découverte dans Risky Business (Paul Brickman, 1983) : « Sara est la conscience de Runaway Train, elle y introduit le pressentiment de la mort, et m’a permis de jouer en force en manifestant une présence physique plus intense que dans mes précédents films » témoigne-t-elle. Runaway Train a constitué, pour Andrei Konchalovsky, un challenge technique inédit et risqué. Les séquences ferroviaires furent tournées en Alaska, et les séquences carcérales dans l’ancienne prison territoriale du Montana, en utilisant pour seule source lumineuse les fenêtres : Konchalovsky donne volontairement au film un aspect documentaire et privilégie dans la photo les contrastes de noir et blanc. Cette course folle à travers l’Alaska fait partie de ces grands films des années 80 qui sont à redécouvrir.
KonchalovskyAndrei Konchalovsky est l’un des plus grands réalisateurs russes vivants. Il a co-écrit plusieurs films de Tarkovski avant de devenir pleinement cinéaste, marquant la scène internationale avec ses deux premiers films, Le Premier Maître (1964) et Le Bonheur d’Assia (1967). En 1979, il réalise le magnifique Sibériade, avant de partir aux USA pour y réaliser Maria’s Lovers, puis Runaway Train. Il est retourné ensuite en Russie pour y poursuivre sa carrière. Il vit aujourd’hui à Moscou.
MogulsLe film de Konchalovsky est produit par les cousins israéliens Menahem Golan et Yoram Globus. Un duo légendaire qui fera une apparition fulgurante et puissante dans le ciel du cinéma mondial, produisant des films, achetant des salles, laissant une trace aussi durable que trop oubliée. Leur goût allait de American Ninja à Jean-Luc Godard qu’ils engagèrent, paraît-il, sur un coin de table d’un restaurant cannois (pour un Roi Lear magnifique, mais jamais officiellement sorti pour des problèmes de droits), de Jerry Schatzberg (pour le méconnu Street Smart) à Barbet Schroeder pour le Barfly de Charles Bukowski.
Qu’en a pensé Kurosawa ?Ça, on ne sait pas. Andrei Konchalovsky sera présent au festival Lumière. On lui posera la question. À noter que, dans sa version, AK prévoyait Henry Fonda et Peter Falk.
CannesSorti aux USA en décembre 1985 afin de concourir aux Oscars (les deux acteurs reçurent chacun une nomination), Runaway Train fut sélectionné en mai suivant en compétition à Cannes. Il y est revenu cette année dans cette copie restaurée qui sera présenté à Lyon.
ShakespeareÀ la fin du film, tandis que le train file dans la neige et dans le vent, apparaît une citation tirée de Richard III de Shakespeare : « No beast so fierce but knows some touch of pity. But I know none, and therefore am no beast. » « Il n’est pas d’animal féroce qui ignore ce qu’est la pitié. Je ne connais pas la pitié, je ne suis pas un animal ».
Les infos qu’on aime bienEuh… Runaway Train est le film comportant le plus de « Fuck » de l’histoire du cinéma. Y a pas que Shakespeare dans la vie. Runaway Train
Distributeur : Park Circus Copie neuve avec l’amabilité de Metro-Goldwyn-Mayer/Park Circus Séances |