La Maison de fousAndrei KonchalovskyRussie, France, 2002Janna (Julia Vysotsky) est pensionnaire d’un asile. Un matin, à son réveil, le personnel médical a disparu. La guerre fait rage dans cette région à la frontière de la Russie et de la Tchétchénie. Les pensionnaires s’organisent tandis que Janna rêve de son fiancé Bryan Adams. L’asile est bombardé et la peur se mue en panique. Mais peu à peu, grâce à son accordéon, Janna rétablit le calme. Plus tard, des soldats tchétchènes arrivent et se cachent parmi eux. L’un d’eux, Ahmed (Sultan Islamov), va tomber sous le charme de Janna…
Inspiré d’un fait réel, La Maison de fous surgit comme un document d’exception : lors de la première guerre russotchétchène, en 1996, la région frontalière d’Ingouchie vit sous la menace d’une invasion de l’armée tchétchène. À proximité, se trouve un asile psychiatrique. Lorsque les bombardements éclatent, le personnel médical s’enfuit, laissant les pensionnaires livrés à eux-mêmes. Dans ce drame raconté à coups de métaphores, Konchalovsky affiche une parfaite maîtrise du rythme. Le petit monde de l’asile dévoile un univers étrange, qui s’enchante et s’illumine lorsque Janna, l’une des pensionnaires, saisit son accordéon pour jouer des airs de polka, tout en trouvant refuge dans les bras imaginaires de son chanteur favori, Bryan Adams, qu’elle imagine ne chanter rien que pour elle "Have You Ever Loved a Woman ?". Avant de devenir réalisateur, Konchalovsky avait commencé une carrière musicale. D’où, peut-être, l’idée que la musique constitue la seule échappatoire à la réalité, même quand elle est d’une dureté quasi insupportable. Le rôle de Janna est interprété par Julia Vysotsky, la femme du réalisateur, au milieu de véritables internés : « Il y a quelques acteurs, mais la plupart des patients du films sont des non-professionnels », raconte le cinéaste. « Pour travailler avec eux, je procédais d’une façon particulière : créer une ambiance et filmer sans arrêt. Évidemment, une bonne partie des rushes finit à la poubelle. » La mise en scène alterne entre situations réalistes de chaos et de guerre et incursions étonnantes, tout aussi troublantes, dans le mental perturbé de certains personnages. Les scènes de guerre sont filmées sous un angle absurde, pour accentuer l’entrechoquement des scènes. Sur un mode anarchique, intuitif, Konchalovsky crée de superbes fulgurances, comme l’écrasement inopiné et silencieux d’un hélicoptère russe au beau milieu de la cour de l’hôpital ou les apparitions de la star Bryan Adams, incarnée par le chanteur lui-même. Konchalovsky défend son propos parfois un peu obscur : « Je tiens à cette part d’obscurité qui laisse libre cours à l’interprétation personnelle. Les symboles sont toujours inexplicables, car irrationnels. » Sans dogmatisme, sans message pesant, la folie douce des pensionnaires de cet asile psychiatrique s’oppose à celle, meurtrière, des soldats russes et tchétchènes, parfois plus étrangère et incompréhensible au spectateur que celle des internés. « D’une étonnante liberté poétique, La Maison de fous est un film bien vivant, irrationnel, inventif, aventureux. » (Marie-Noëlle Tranchant)
InterdictionLe film fut financé par le ministère de la Culture russe, alors qu’il contient une vive critique du gouvernement Poutine et de la guerre en Tchétchénie. Pour cette raison, le film n’a pas été distribué en Russie.
InspirationC’est suite à la diffusion d’un reportage télévisé sur la Tchétchénie que le projet du film germe dans la tête du réalisateur. À cette histoire bien réelle, le réalisateur rajoute seulement le personnage de Janna, interprété par sa femme.
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