MIFC - RENCONTRE
« Chaque film est le film préféré de quelqu’un »
POSTÉ LE 13.10.2026
Charlotte Barker, Directrice senior, restauration et préservation des films – Paramount Pictures est à Lyon !

© Getty
En quoi consiste votre travail ?
Chaque film a son histoire, sa lumière, sa sonorité, captées à un moment précis, dans un lieu précis. Notre responsabilité est de protéger cette histoire en restaurant le film au plus près de sa version originale, et ce pour les futures générations. Je me considère comme une gardienne des films Paramount.
Pourquoi est-ce important de restaurer un film ?
Parce qu’ils font partie de la mémoire de notre culture et parce que nous ne savons pas quelles œuvres paraîtront importantes aux prochaines générations. Notre travail est de leurs donner la possibilité de voir un maximum de ces films. Le mot d’ordre de notre équipe est « chaque film est le film préféré de quelqu’un ». Un film n’a pas à être célèbre ou reconnu par la critique pour être important pour quelqu’un.
Quel film a été une expérience de restauration inoubliable ?
La Main au collet (1955), pas seulement parce que c’est un de mes films préférés. L’image est en VistaVision, un procédé de prises de vue que j’adore et sur lequel je rêvais de travailler. Lors de la restauration de 2024, nous avons revisité la couleur des séquences de nuit, notamment autour des verts voulus par Hitchcock et son chef opérateur, Robert Burks. J’ai collaboré avec une légende de la restauration de films, Robert Harris. Et je n’en ai pas fini avec ce film, car je redécouvre toujours quelque chose, un bout de négatif abimé… et comme c’est Hitchcock… Je suppose que La Main au collet est devenu une restauration que je ne peux pas quitter !
Quel film rêveriez-vous de restaurer ?
Mon rêve serait de restaurer un film perdu comme The Mountain Eagle (1926) d’Hitchcock ou London After Midnight (1927) de Tod Browning. La restauration est aussi un travail de détective pour découvrir une boite contenant un film perdu et d’être la personne qui le ramène à la vie.
Votre présence au MIFC ?
Pour moi, un film n’est pas vraiment vivant tant qu’il n’a pas été projeté. On peut passer des mois à la restauration d’un film, à la recherche du négatif original, corriger la colorimétrie, écouter les différentes nuances du son et tenter de comprendre ce que voulaient réaliser les cinéastes. Il y a toujours un moment où on doit « abandonner » l’art pour avancer dans notre restauration, et rendre le film à quoi il appartient, c’est-à-dire dans une salle de cinéma ! Devant un public. Et c’est ce que j’aime dans un festival de films patrimoniaux. Pendant quelques jours, un film réalisé il y a 70 ans que personne n’a vu dans sa qualité initiale depuis sa création, est projeté dans une salle pleine de gens qui rient et pleurent. C’est comme si une œuvre respirait à nouveau.
C’est la première fois que je viens à Lyon, je suis très émerveillée à l’idée de découvrir le festival, et le public. Ce que j’attends le plus c’est quand la lumière de la salle s’éteint, le film restauré commence, il n’est plus un objet laissé pendant longtemps dans une boîte, il est à nouveau vivant, il appartient à tous.