© Romane Reigneaud - Jean Luc Mège Photography - Institut Lumière

MIFC

« Chaque film est une histoire. »

POSTÉ LE 16.10.2026

Pathé et Lumière, c'est une longue histoire. Cette année le MIFC honore Sophie et Jérôme Seydoux ! L’occasion de poser quelques questions à Sophie Seydoux.

 

Quelle est votre action au sein de la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé dont vous êtes la Présidente ?

La Fondation a vingt ans et mon rôle est d’insuffler une dynamique pour valoriser toujours plus le catalogue patrimonial de Pathé. Il s’agit de réfléchir aux projets, événements, restaurations à venir, car la Fondation n’a rien de muséal. Nous sommes dans l’action. Notre principale vocation est de transmettre notre patrimoine culturel. La transmission est une notion à laquelle je tiens énormément.

 

S’agit-il de conserver pour transmettre ?

La conservation est une notion extraordinairement importante. Chaque film est une histoire, le reflet de la société au moment où il a été tourné. Et si certains ne sont plus politiquement en phase avec notre monde, soit parce qu'ils sont sexistes par exemple, ou qu'ils abordent des problèmes désormais tabous, on ne doit pas les faire disparaître pour autant. L’Occident d'Henri Fescourt (1927) est sur le plan visuel un film d’un noir et blanc magnifique, mais sur le plan éditorial, il est d’un racisme et colonialisme qui vous fait froid dans le dos ! Faut-il l’abandonner ? Au contraire, il faut voir comment l’insérer dans des cycles cinématographiques qui expliquent l’évolution de la pensée humaine. Les Trois masques d’André Hugon (1929) est techniquement parlant un film épouvantable: il est très loin de l’ingéniosité des films muets de cette époque. Mais c’est le premier film parlant réalisé en France. Il compte historiquement. Donc on le restaure.

 

Il y a aussi des films beaux et bons.

Absolument. J’ai vu il y a 48 heures un court-métrage de 7 minutes sur Pompéi filmé en 1912. C’est incroyable. Vous en avez les larmes aux yeux. C’est l’Histoire. C’est la vie. Ce sont des films d’opérateurs envoyés à travers le monde pour rapporter des images inédites. Vous imaginez la découverte que c’était pour le public ! Tous les voyages que vous ne pouviez pas faire vous-mêmes à cette époque-là, vous les faisiez à travers le cinéma.

 

Quel public vient à la Fondation ?

Tout le monde ! En effet il est très varié, du cinéphile au chercheur en passant par les enfants. Pour les chercheurs et les cinéphiles, la Fondation possède un trésor, toute une histoire juridique, financière, cinématographique… depuis 1896. Nous sommes la seule fondation au monde à recéler une documentation aussi complète. Chacun en s’inscrivant peut consulter nos archives, visiter la salle Pathé, explorer le catalogue de films muets. Nous projetons chaque année 600 films internationaux dans la seule salle dédiée à 100% au cinéma muet. Chaque film est projeté en musique. Nous organisons des expositions éphémères qui viennent enrichir notre exposition permanente, la collection des caméras, des projecteurs et autres appareils construits par Pathé depuis 1896. Grâce aux photographies, aux objets et aux documents que nous conservons, nous préservons autant de fragments de la mémoire du cinéma.

 

Et pour les enfants ?

Les enfants sont incroyablement réceptifs au cinéma muet. Nous disposons d’une série d'ateliers qui leurs sont dédiés. Ils y manipulent des caméras, des projecteurs, de la pellicule. Ils apprennent comment l’accumulation des images crée le mouvement. Nos ateliers bruitage pour des classes de vingt-cinq enfants âgés de quatre à six ans, mettent à disposition toutes sortes d’objets pour bruiter des films de quarante secondes. Les enfants sont extrêmement fiers d’y parvenir. 

 

Pathé fête ses 130 ans, comment définir cette maison ?

Il est très difficile de résumer cette maison quand on connaît la diversité de sa production. Je pense à l'esprit de Charles Pathé. Ce qui le muait était une perpétuelle recherche de progrès autant technique qu’artistique. Jérôme Seydoux s'inscrit dans cette tradition. 

 

Quelle restauration vous a marquée ?

Sur le plan professionnel La Roue d'Abel Gance a été une expérience unique. Sur le plan personnel, ma passion étant Chamonix, L’Ascension au Mont-Blanc de Joseph Vallot (1906), un film de 12 minutes. Quand on a su qu’on pouvait le restaurer, c'était un émerveillement. Enfin, il y a deux films auxquels je reviens toujours et qui me redonnent à chaque fois de l'énergie : Entr’acte et Paris qui dort de René Clair. C'est joyeux, surréaliste. Restaurer Entr’acte a été un immense bonheur pour nous. 

  

Que représente le festival Lumière pour vous ?

Un merveilleux endroit d’échanges et de découvertes. C’est la réunion de passionnés de cinéma et c’est un formidable espace de partage.

 

Vous êtes avec Jérôme Seydoux invitée d’honneur au MIFC, ce sera l’occasion d’une rencontre avec le public et des professionnels, qu’attendez-vous de ce rendez-vous ?

C’est un très grand honneur qui nous est fait et une grande première (nous n’avons jamais été interviewés ensemble) Je suis très heureuse d’être à la même table que Jérôme Seydoux. Nous voulons l’un et l’autre proclamer notre amour inconditionnel pour le cinéma. 

 

Propos recueillis par Virginie Apiou