© Léa Rener - Institut Lumière
PRIX LUMIÈRE 2026
« La confrérie ! »
POSTÉ LE 17.10.2026
Après les hommages de Frances McDormand et Javier Bardem, les frères Coen, entourés du lauréat du prix Lumière 2023, Wim Wenders, et de nombreux artistes, ont reçu leur double prix en musique lors d'une magnifique célébration de cinéma.
La cérémonie commence avec la vidéo traditionnelle des précédents prix Lumière, puis Frances McDormand nous apprend que leur chef opérateur sur Burn after Reading Emmanuel Lubezki a surnommé les Coen « la confrérie ». Elle ajoute : « Il n'y a pas de poignées de main étranges ou de secret dans la confrérie. Il y a un humour commun et une conviction de raconter une histoire commune. La confrérie a été établie dans le Minnesota et cet isolement a créé un baril de poudre au sein d'une banlieue juive du Midwest américain. On est un peu comme les Beatles et je suis Yoko. Je suis ravie d'avoir commencé ma carrière professionnelle dans la confrérie et j'espère encore pour longtemps et que nous allons à continuer à chevaucher sous un soleil couchant un fusil à la main. » En français elle conclut : « Vive la fraternité ! ». Cri du cœur suivi par un moment musical Benabar chante deux chansons de Charles Aznavour, choisie par les Coen pour leur soirée de remise de prix, Je m’voyais déjà et Parce que tu crois.
La cérémonie reprend avec la diffusion d’une rareté, un court-métrage inédit grâce à la cinémathèque de Bologne. Un film signé Ettore Scola sur la Seconde Guerre mondiale, des images des camps de concentration et un héros qui se réfugie dans une salle de cinéma pour échapper aux nazis. C’est alors au
tour de Javier Bardem de venir parler. « D'abord je veux dire que j'étais très ému par le film de Scola. Cela nous rappelle "plus jamais ça" : du Soudan à la Palestine. Ethan, Joël, je suis un sacré chanceux de salopard venu vous saluer et vous rendre hommage. À 25 ans, j'ai vu Fargo avec mon frère, je me suis dit : "la vache je ne ferai jamais un film comme ça." Voir Frances dans Fargo est quelque chose qui m'a inspiré toute ma vie. Performance incroyable ! Dix ans plus tard, mon agent me dit : "Les Coen veulent te rencontrer." J'ai lu le livre No Country for Old Men en anglais, je n'ai rien compris. Je voulais dire non. Mon agent m'a dit : "Tu es fou ! Vas à Los Angeles les rencontrer." Je m'assois dans leur bureau et je leur dis : "J'admire votre travail, mais je déteste la violence, je parle à peine anglais et je ne sais pas conduire." Ils ont éclaté de rire. Je me suis dit : "Allons-y !" À la fin du tournage ils m'ont offert un gâteau avec des bougies. Sur chaque bougie il y avait la photo de chaque personnage que je tue dans le film ! Le résultat est un chef d'œuvre et le cadeau d'une vie qu'ils m'ont fait. Je n'oublierai jamais ça ! Ils ont réalisé mon rêve. »
Il est temps maintenant pour les frères Coen de descendre recevoir leur prix. « C'est très touchant votre accueil, très émouvant. Je ne m'attendais pas à que ce soit aussi bouleversant de revoir ces 40 ans d'aventure avec Ethan. Je voulais vous dire merci. Et merci à tous ceux qui nous ont accompagné durant ces 40 ans » exprime Joel Coen.
Ethan Coen ajoute : « Une chose que Javier ne vous a pas dit c'est qu'en plus du filet pour les cheveux sur le tournage, comme il avait décidé que son personnage serait pâle, il avait une assistante qui le suivait avec un parapluie. Merci aux frères Lumière d'avoir inventé le cinéma, sans eux, on n’aurait rien fait ! » Joel conclut : « Je suis encore plus ravi d'avoir ce prix ici en France, où on aime tellement le ciné. »
— Laura Lépine