© Olivier Chassignole - Institut Lumière
MASTER CLASS
« La nuit est un élément important dans mes films. »
POSTÉ LE 17.10.2026
Son cinquième film Werwulf : La Bête Maudite, sortira au cinéma le 6 janvier 2027, avec Aaron Taylor-Johnson, Lily-Rose Depp et Willem Dafoe. Rencontre avec le réalisateur américain Robert Eggers.
CINÉMA MUET
J'adore ça ! L'image est presque plus importante que le son. Dans The Lighthouse (2019), les personnages parlent un dialecte que même les Anglais ne comprennent pas. Quand on est passé du cinéma muet au sonore, il y a eu une énorme chute. Mais des cinéastes, comme Fritz Lang, ont gardé tout l'intérêt de leurs films en se concentrant seulement sur le visuel. Je pense que j'ai essayé de faire un travail similaire avec Werwulf : La Bête Maudite, mon prochain film.
YEUX GRAND OUVERTS
Dans mes films, il y a souvent des plans très serrés, où on a l'impression que les acteurs nous regardent. J'aime positionner la caméra très proche de mes acteurs, afin qu'ils la regardent directement quand ils jouent. Je suis fasciné par leur regard et j'ai vraiment envie qu'ils s'adressent aux spectateurs.
DÉCO, PAYSAGES & PSYCHOLOGIE
The Lighthouse est peut-être l'exemple le plus probant de ma filmographie en ce qui concerne le décor. Je suis complètement obsessionnel quant à l'authenticité de la période que je décris, mais je prends parfois quelques libertés, car je veux refléter la psychologie de mes personnages. Aux États-Unis, aucun phare ne recélait à l’intérieur autant de bordel que dans le film. On l’a alors entièrement construit.
NUIT
La nuit est un élément important dans mes films. Pourtant, je déteste tourner de nuit. Et plus je vieillis, plus c'est difficile ! Mais les personnages de mes films (vampires, loups-garous et sorcières) appartiennent au monde de la nuit. Je n'aime pas la fin de mon Nosferatu, car dans les films d'horreur, le monstre a du pouvoir dans l'obscurité, il est plus effrayant caché. Mais quand vous le montrez au grand jour, ça gâche un peu tout.
ALIEN
Alien (Ridley Scott, 1979) est le meilleur film de monstre. Je suis fou de ce qu'a fait H.R. Giger sur la créature d'Alien. Elle est redoutable et a un pouvoir hallucinant sur nous, et finalement, elle nous ressemble, sa tête a la forme d’un pénis, et en-dessous d’un vagin et elle n'a pas d'yeux ! On ne peut pas capter son regard, au contraire des loups-garous, et ça peut être leur faiblesse.
CORPS
Je suis passionné par le travail de Jerzy Grotowski (metteur en scène de théâtre polonais, ndlr) et les films d'Andrzej Żuławski, – et pas seulement Possession –, dont les sujets sont l'oppression. Le corps nu est fait pour lutter contre ça. Sur Werwulf et Nosferatu, j'ai travaillé avec une chorégraphe, Marie-Gabrielle Rotie, qui a guidé Lily-Rose Depp et s'est elle-même inspirée du travail de Grotowski. Malgré cette importance accordée au corps, il ne faut jamais séparer le corps, l'émotion et la psyché, mais, au contraire, toujours envisager tout ensemble.
VOIX
Quand vous apprenez une nouvelle langue, vous découvrez d'autres manières de réfléchir, donc c'est intéressant. La langue n'est pas parfaite, car elle ne permet jamais de traduire exactement ce qu'on veut exprimer. Or, c'est un élément très important pour moi. Dans mes films, j'utilise souvent des dialectes anglais. Pour Nosferatu, on a travaillé chaque syllabe, et même les décibels, pour que la voix de Lilly-Rose Depp ait l'air encore plus étonnante.
CHOC DES CULTURES
Les sorcières sont des créatures qui reviennent souvent dans le folklore anglais, et le fait qu'elles se transforment en béliers ou en chèvres est très courant mais pas aux États-Unis. J'aime l'idée de pouvoir transporter une culture d'un pays à un autre.
— Propos recueillis par Fanny Bellocq