© Lucas Aymard - Jean Luc Mège Photography - Institut Lumière
CINÉPHILIE
« Le besoin des autres. »
POSTÉ LE 15.10.2026
Agnès Jaoui parle du cinéma des autres.
LES ENFANTS DU PARADIS DE MARCEL CARNÉ (1945)
La première fois que j'ai vu ce film, tout m'a émerveillée. C'est à la fois libre et moderne. Le titre est tellement beau : il fait référence à l'endroit situé tout en haut au théâtre, pour les personnes qui ont payé les places les moins chères. Ce film parle des destins de vie, des comédiens, du Boulevard du crime, et de théâtres parisiens qui existent encore aujourd'hui. J'aime beaucoup la collaboration Carné-Prévert. Quand deux artistes se trouvent, ça crée quelque chose d'absolument magique.
HANNAH ET SES SOEURS DE WOODY ALLEN (1986)
C'est un exemple parmi d'autres qui montre qu'on peut faire passer beaucoup de choses avec un seul plan. Les personnages font la mise en scène, et j'adore ça. J'aime qu'on oublie la caméra. Mais surtout, ce film nous permet de découvrir la musique. J'ai vécu cela en découvrant Peau d'âne de Jacques Demy (1970), et la partition de Michel Legrand. J'adore la musique baroque, et j'admire la façon dont Woody Allen fait surgir le concerto de Bach dans une scène de déclaration d'amour.
LA LOI DU DÉSIR DE PEDRO ALMODÓVAR (1988)
C'est le début de la « marque Almodóvar ». On voit le cinéma à nouveau comme pourvoyeur de musique, avec cette déclaration d'amour du personnage incarné par Antonio Banderas sur une chanson de Los Panchos, Lo dudo. C'est de là que vient ma passion pour la musique latino, et je chante cette chanson régulièrement. Almodóvar a une relation particulière à la musique. Dans pratiquement chacun de ses films, il y a un moment entièrement musical qui encourage l'écoute.
RENDEZ-VOUS D'ERNST LUBITSCH (1945)
Il s'agit d'un autre de mes cinéastes préférés. Ce film est drôle, fin, avec, encore une fois, des acteurs incroyables. Il sait manier le rire et l'émotion. J'ai volontairement choisi un extrait où ne voit pas les acteurs principaux, mais un personnage secondaire, le propriétaire du magasin qui fait référence au titre original du film (The Shop Around the Corner). Le revoir me fait pleurer à chaque fois. Beaucoup d'acteurs sont de véritables passionnés du jeu et du théâtre. Comme celui-ci, Frank Morgan, merveilleux : on lit tout sur son visage. Tout est dit sur la solitude, le besoin des autres... C'est très beau.
Propos recueillis par Fanny Bellocq