GÉNIE MUSICAL

« Une éternelle sentimentalité »

POSTÉ LE 11.10.2026

C’est avec cette formule que le cinéaste Michel Gondry parle de François de Roubaix dans la préface du livre de Simon Lec’hvien, François de Roubaix : Un caméléon sous la mer, consacré au génial compositeur de musiques de films mort à 36 ans. Un livre-album avec des documents inédits, des témoignages précieux dont celui du très rare Harry Kümel, une approche très sensible autant sur la personnalité privée du compositeur, que son apport toujours actuel à la musique de films.

 

 

Comment définir le charme de la musique de François de Roubaix ?

 

Le titre du documentaire François de Roubaix, l’aventurier sorti en 2006, résume l’intensité et la multiplicité de son travail. C’est une musique aventurière. Elle est autant charmante, lyrique, que très énigmatique, très mystérieuse. Parfois dans le même morceau qui garde toujours un caractère vraiment aventurier, on trouve une proposition et chacun va y trouver sa particularité.

 

 

Qu’est-ce qui le liait avec Alain Delon, une certaine expression musicale d’un tragique romanesque en correspondance avec la mélancolie du cinéma incarné par l’acteur ?

 

Oui, quelque chose de très sensible liait l’univers d’un certain cinéma incarné par Alain Delon, dont celui de Jean-Pierre Melville, avec la musique de François de Roubaix. Une question de personnalité aussi, de Roubaix n’était pas quelqu’un qui cherchait à s’imposer autrement que par sa musique. Delon, avant d’avoir une fin de carrière plus viriliste, a partagé avec de Roubaix une approche plus mélancolique d’un certain cinéma. Ils étaient amis, puis ils se sont fâchés. Mais la musique de de Roubaix permettait à Delon de faire un contrepoint avec son image virile, de le représenter traversé par des sensations plus émouvantes.

 

 

Il est doué pour la comédie avec Jean-Pierre Mocky et La Grande lessive, ou Louis De Funès dans L’Homme-orchestre. Comment qualifiez ce versant comique de sa musique ?

 

Comme il était vraiment touche à tout, il est passé d’une comédie à gros budget, L’Homme-orchestre avec Louis de Funès, à une satire de Jean-Pierre Mocky, où l’esprit était davantage à l’expérimentation bidouillée. De Roubaix était un expérimentateur passionné. Ces deux comédies sont deux vrais délires différents avec deux légèretés très surprenantes. Dans les deux films, les B.O. sont teintées de mélancolie, une incarnation musicale de l’entraide, la solidarité humaines, celles des personnages.

 

 

Dernier domicile connu est l’une de ses B.O. les plus célèbres, reprise par Robbie Williams dans son tube Supreme, parlez-nous de son lyrisme ?

 

Plus de 170 morceaux ont samplé cette B.O., et aussi une publicité récente. Il y a cette mélodie qu’on retient immédiatement, qui est inclassable, assez folle. Elle a plus de 50 ans et incarne une modernité qui fait qu’on y revient toujours.

 

 

Quelle est votre B.O. préférée de Roubaix ?

 

Celui que je joue régulièrement c’est celle de Mais où est passé Tom ? de José Giovanni (1971). C’est une toute petite mélodie de cinq minutes, à la flûte. Ces quelques instants suffisent à apporter quelque chose de très fort à ce film peu connu. Je l’ai écouté avant de découvrir le film, c’est un thème musical qui vit seul, qui est plus fort que les autres.

 

 

Propos recueillis par Virginie Apiou