Affreux, sales et méchants

Brutti, sporchi e cattivi

de Ettore Scola · Italie · 1976 · 1h55

Dans un bidonville de la banlieue romaine, Giacinto (Nino Manfredi) règne en patriarche sur une famille nombreuse qui vit entassée dans un taudis. Suite à la perte de son œil gauche brûlé à la chaux vive, Giacinto a touché de l’assurance une somme d’un million de lires. Tous ses proches convoitent son magot, qu’il cache précieusement et défend jour et nuit.

Après la délicatesse de Nous nous sommes tant aimés, Ettore Scola prend un virage radical avec Affreux, sales et méchants, immersion dans les bas-fonds d’une férocité sidérante. Le cinéaste dépeint un monde sans foi ni loi, où tout repère moral semble avoir été aboli, la misère réveillant les plus bas instincts. La promiscuité oblige les déshérités à cohabiter dans une pauvreté abyssale, au milieu des rats et des immondices. Les bagarres sont quotidiennes, les jurons pleuvent, les enfants sont gardés dans une cage tandis que les femmes subissent les assauts libidineux des hommes. Ettore Scola force volontairement le trait, accentue le côté scabreux de chaque scène, pour mieux dénoncer le sort inhumain réservé à cette population mise au ban de la société.

Ettore Scola pensait à l’origine tourner un film-enquête. Il s’est rendu dans les bidonvilles, a interrogé les habitants pour comprendre leur mentalité. Il choisit néanmoins d’écrire une fiction et parle de son projet à Pier Paolo Pasolini, qui accepte d’en réaliser une préface. Cette introduction ne verra pas le jour, Pier Paolo Pasolini étant assassiné en novembre 1975.

Par son outrance et sa cruauté, Affreux, sales et méchants divise la presse et provoque la polémique à sa sortie, choquant aussi bien les catholiques que les marxistes, qui lui reprochent de mépriser le peuple et de ne mettre en avant aucune rébellion ni conscience de classe. Ettore Scola refuse toute idéalisation, montre au contraire combien la détresse conduit à l’égoïsme et à la cruauté. Dans le rôle principal, Nino Manfredi campe une figure monstrueuse, qui tient du tyran shakespearien, résistant à toutes les malveillances. Primée au Festival de Cannes, la mise en scène a souvent recours aux panoramiques, qui balaient l’intérieur du baraquement ou l’étendue du camp – un décor reconstitué sur une butte, depuis laquelle on aperçoit la coupole de la basilique Saint-Pierre.

« Comédie anti-sociale qui ressemble à un violent pamphlet, Affreux, sales et méchants est l’oiseau rare qui fait passer, par l’intermédiaire de l’émotion et du rire, un message fondamental de solidarité et de révolte. » (Lorenzo Codelli, Positif n°183-184, juillet-août 1976)

Affreux, sales et méchants (Brutti, sporchi e cattivi)
Italie, 1976, 1h55, couleurs, format 1.85

Réalisation Ettore Scola
Scénario Ruggero Maccari, Ettore Scola
Photo Dario Di Palma
Musique Armando Trovajoli
Montage Raimondo Crociani
Décors Luciano Ricceri, Franco Velchi
Costumes Danda Ortona
Production Carlo Ponti, Compagnia Cinematografica Champion, Surf Film

Interprètes Nino Manfredi (Giacinto), Francesco Anniballi (Domizio), Maria Bosco (Gaetana), Giselda Castrini (Lisetta), Alfredo D’Ippolito (Plinio), Giancarlo Fanelli (Paride), Marina Fasoli (Maria Libera), Ettore Garofolo (Camillo), Maria Luisa Santella (Iside), Linda Moretti (Matilde), Franco Merli (Fernando), Franceso Crescimone (le commissaire)

Présentation au Festival de Cannes 26 mai 1976
Sortie en Italie 23 septembre 1976
Sortie en France 15 décembre 1976

Nouvelle restauration 4K Cineteca di Bologna, en collaboration avec Surf Film au laboratoire L’Immagine Ritrovata.
Diffusion en exclusivité France.
Distributeur : Carlotta Films