Blood Simple/Sang pour sang (director’s cut)
Blood Simple
de Joel & Ethan Coen · États-Unis · 1984 · 1h36, int -12ans
Au Texas, c'est bien connu, chacun rame pour soi. À commencer par Abby (Frances McDormand), l'épouse insatisfaite d'un patron de bar. Son mari vient de lui offrir un ravissant revolver, et elle s'empresse de le quitter avant d'être tentée de s'en servir contre lui. Et puis Ray (John Getz), l'employé du mari. Il accompagne sa patronne à Houston et se dit que, puisqu'elle a rompu les amarres et qu'elle lui plaît bien, il ne risque rien à tenter sa chance. Marty aussi (Dan Hedaya) rame pour lui. C'est le patron du bar. Il a l'air morose et harassé d'un Nixon après le Watergate. Aussi obtus qu'un gorille et à peu près aussi velu, c'est un dragueur malchanceux rabroué par ses clientes et abandonné par sa femme. Il a justement la preuve de son infortune sous les yeux : des photos prises par un détective privé (M. Emmet Walsh) dans le motel où le couple s'est arrêté. Marty propose au détective d’éliminer le couple pour 10 000 dollars.
Nés respectivement en 1954 et 1957, Joel et Ethan Coen grandissent à Saint Louis Park, dans la banlieue de Minneapolis, Minnesota. Des parents universitaires, une grande sœur, une enfance et une adolescence sans histoires. Au lycée, les deux frères s’inscrivent au Club 1/2, ciné-club animé par un enseignant motivé à faire découvrir quelques classiques, complément de cette culture populaire éclectique acquise par les garçons de façon boulimique devant la télévision. L’achat d’une caméra Super 8 avec l’argent gagné à tondre les pelouses du quartier lance le duo dans la réalisation de courts métrages avec leur bande de copains : des remakes, déjà à leur sauce, de quelques films issus de leur cinéphilie personnelle. Joel étudie le cinéma à l’Université de New York, puis brièvement au Texas, tandis qu’Ethan choisit la philosophie à Princeton. Joel fait ses débuts au cinéma comme assistant-monteur auprès de Sam Raimi ; puis vient le temps pour Joel et Ethan de donner naissance ensemble à leur premier long métrage.
C’est vers le roman noir que se tournent les Coen, vers les auteurs qu’ils affectionnent sincèrement, de Raymond Chandler à James M. Cain, ou encore Dashiell Hammett, à qui ils empruntent l’expression « blood simple » : issue de La Moisson rouge, elle désigne le moment de confusion et d’hébétude traversé par le meurtrier juste après son forfait. Il ne s’agit pas pour eux de réaliser un remake des films noirs des années 40 mais bien de signer une adaptation nouvelle de leur inspiration littéraire. Dans cette lignée, leur script, au cordeau, reprend les codes incontournables du polar, tout en les rendant contemporains.
Autour d’un banal triangle amoureux, les cinéastes tissent un récit complexe – mais pourtant limpide – de sexe, d’argent et de jalousie. La classique histoire d’adultère devient épopée sanglante, engluée dans la moiteur d’un Texas peuplé de paumés prêts à dessouder leur prochain. Dans un enchaînement de quiproquos et de violence, le noir polar vire au rouge horrifique. Avec Blood Simple, les Coen signent un premier film cynique et corrosif, empli d’Américains moyens dont ils font le portrait cinglant, avec la touche d’humour noir qui deviendra leur signature.
Tourné en huit semaines avec un budget très réduit (dont une grande partie récoltée auprès d’une soixantaine d’amis, connaissances, notables du Minnesota…), ce premier film, organique, promet une œuvre à venir d’une grande virtuosité esthétique : photo, mise en scène, plans et mouvements de caméra inventifs, silences redoutables… Présenté dans de nombreux festivals, Blood Simple est qualifié de prometteur et novateur. L’avenir ne saura que confirmer ces premiers avis…
« À la différence de leurs personnages, confinés dans leur égoïsme et leur étroitesse d'esprit, la générosité des frères Coen se situe essentiellement dans des trouvailles visuelles qui consistent à saturer l'écran. Les détails de Blood Simple – un pistolet, un briquet, une liasse de billets, un insecte – se révèlent l'essentiel du film. C'est toujours dans le coin de l'écran que se situe la résolution de l'histoire. On a souvent l'impression que les frères Coen observent la société munis d'un microscope, ou regardent les individus comme des souris coincées dans un bocal. Blood Simple montre tout de même un héros suffisamment idiot pour s'enfermer tout seul. Du premier au dernier plan, les Coen ne ratent jamais une occasion de montrer que leur film est au contraire celui de metteurs en scène surdoués observant une forme de vie primaire et primitive. » (Samuel Blumenfeld, Le Monde, 19 juillet 2000)
Blood Simple / Sang pour sang – Director’s cut (Blood Simple)
États-Unis, 1984, 1h36, couleurs, format 1.85
Réalisation Joel Coen
Scénario Joel Coen, Ethan Coen
Photo Barry Sonnenfeld
Musique Carter Burwell ; The Four Tops, Toots & The Maytals, Xavier Cugat and His Orchestra, Patsy Cline…
Montage Roderick Jaynes, Don Wiegmann
Décors Jane Musky
Costumes Sara Medina-Pape
Production Ethan Coen, River Road Productions
Interprètes John Getz (Ray), Frances McDormand (Abby), Dan Hedaya (Marty), M. Emmet Walsh (Visser, le détéctive privé), Samm-Art Williams (Meurice), Deborah Neumann (Debra), Raquel Gavia (la propriétaire), Van Brooks (l'homme de Lubbock), Señor Marco (Mr. Garcia), William Creamer (le client du bar)
Présentation au Festival du Cinéma américain de Deauville septembre 1984
Sortie aux États-Unis 1er janvier 1985
Présentation au Festival International du Film policier de Cognac avril 1985
Sortie en France 3 juillet 1985
Restauration 4K Studiocanal approuvée par le directeur de la photographie Barry Sonnenfeld, et Joel et Ethan Coen.
Ayant-droit : Studiocanal
Distributeur : Les Acacias