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Capharnaüm

de Nadine Labaki · Liban, France, Royaume-Uni, États-Unis · 2018 · 2h06

Zain (Zain Al Rafeea), un garçon d’environ 12 ans, porte plainte contre ses parents, qu’il accuse de l’avoir mis au monde. Depuis sa naissance, sa vie n’a été qu’une série d’épreuves. Grandissant dans un appartement miséreux à Beyrouth, il doit travailler et mendier pour contribuer à payer le loyer. Lorsqu’il apprend que sa soeur cadette Sahar (Cedra Izzam) va être vendue pour être mariée à leur propriétaire Assaad (Nour El Husseini), Zain fuit le foyer familial. Il fait la connaissance de Rahil (Yordanos Shiferaw), une réfugiée éthiopienne, et de son tout-petit Yonas (Boluwatife Treasure Bankole).

Avec Capharnaüm, Nadine Labaki veut donner une voix à ceux qui n’en ont pas, braquer les projecteurs sur une réalité crue et dérangeante. Jouant le rôle d’une avocate, la réalisatrice livre avec son film une plaidoirie contre l’enfance maltraitée. Le scénario est le fruit d’un travail de recherche mené dans les quartiers défavorisés, et les histoires confiées par les habitants ont nourri la fiction. Cherchant avant tout l’authenticité, Nadine Labaki a engagé des acteurs amateurs, dont le parcours se rapproche de celui des personnages. Tous ont été repérés dans la rue, au fil d’un casting sauvage. Zain est ainsi interprété par un jeune garçon syrien qui a cumulé les petits emplois depuis son arrivée au Liban. La cinéaste détaille en ces mots sa méthode : « Travailler avec des non-professionnels est très difficile. Je les ai d’abord longuement, patiemment observés. Puis je les ai beaucoup écoutés me raconter la dureté de leur vie et l’absence de regard sur eux. Sur le tournage, je cherchais à me rendre invisible. Je voulais laisser émerger des moments de vérité, rester ouverte à ce que j’allais recevoir. » (La Croix, 17 octobre 2018)

Caméra à l’épaule, Nadine Labaki nous fait éprouver l’hostilité du monde telle que la perçoit Zain, non déclaré à l’état civil, inexistant aux yeux de la société et condamné à se débrouiller seul, dans un dénuement extrême. Présenté au Festival de Cannes, Capharnaüm provoque une onde de choc émotionnelle et reçoit le Prix du jury. La presse se déchire néanmoins sur le film : si certains lui reprochent une complaisance dans le misérabilisme et un excès de pathos, d’autres sont conquis par sa puissance romanesque.

« Le cœur du film, et ce qu’il a de meilleur, est constitué d’un long moment où les deux enfants, le préadolescent et le bébé, qui ne marche pas encore, sont livrés à eux-mêmes dans Beyrouth, tentent de ne pas mourir de faim, de ne pas se laisser envahir par la crasse. Impossible de ne pas songer à l’épisode des Misérables *dans lequel Gavroche recueille deux gamins plus jeunes que lui : même sens de la précarité, même soulagement éphémère à chaque fois qu’elle est tenue un moment à distance, même souci de faire de la ville un personnage à part entière. *» (Thomas Sotinel, Le Monde, 17 octobre 2018)

Capharnaüm
Liban, France, Royaume-Uni, États-Unis, 2018, 2h06, couleurs, format 2.35

Réalisation Nadine Labaki
Scénario Nadine Labaki, Jihad Hojeily, Michelle Kesrouani
Photo Christopher Aoun
Musique Khaled Mouzanar
Montage Laure Gardette
Décors Hussein Baydoun
Costumes Zeina Saab de Melero
Production Khaled Mouzanar, Mooz Films, KNM Films, Boo Films, The Bridge Production, Synchronicity Films, Louverture Films, Open City Films, Les Films des Tournelles

Interprètes Zain Al Rafeea (Zain), Yordanos Shiferaw (Rahil), Boluwatife Treasure Bankole (Yonas), Kawthar Al Haddad (Souad), Fadi Kamel Youssef (Selim), Cedra Izzam (Sahar), Alaa Chouchnieh (Aspro), Elias Khoury (le juge), Nadine Labaki (Nadine), Nour El Husseini (Assaad)

Présentation au Festival de Cannes 17 mai 2018
Sortie au Liban 20 septembre 2018
Sortie en France 17 octobre 2018

Distributeur : Gaumont