Comme une image

de Agnès Jaoui · France, Italie · 2004 · 1h50

À 20 ans, Lolita (Marilou Berry) est une jeune femme mal dans sa peau et complexée par ses rondeurs. Elle aimerait capter davantage l’attention de son père Étienne (Jean-Pierre Bacri), un écrivain à succès qui ne s’intéresse guère aux autres. Elle ne se sent vraiment à l’aise que durant ses cours de chant lyrique, qu’elle prend avec sa professeure Sylvia Miller (Agnès Jaoui).

Après Le Goût des autres, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri souhaitent aborder le thème de la relation père / fille, et proposer une réflexion sur le pouvoir : comment certains l’exercent, et comment d’autres l’acceptent sans broncher. Le scénario de Comme une image, récompensé à Cannes, est centré sur le lien entre Lolita et Étienne : la première cherche à obtenir la reconnaissance du second, qui ne lui manifeste pas beaucoup d’intérêt. Le père vit avec une nouvelle compagne, jeune et mince, tandis que Lolita supporte mal de ne pas correspondre aux canons de beauté. À travers leur histoire, Agnès Jaoui pourfend le diktat des apparences tout comme la manière dont la notoriété est valorisée. Le milieu de l’édition est ici décrit sous un jour critique, comme une faune où seul le succès prime.

Agnès Jaoui brosse un tableau plutôt sombre de la nature humaine, dont elle pointe certains travers : égocentrisme, amertume, jalousie... Elle veille cependant à ne pas trop appuyer son propos et à nuancer le caractère de ses protagonistes, afin d’éviter un aspect trop démonstratif. Les dialogues, finement ciselés, ménagent des touches d’humour, tandis que la musique constitue une véritable bouffée d’air frais. Chanteuse elle-même, formée dans un conservatoire, Agnès Jaoui souligne l’harmonie qui se dégage de l’ensemble choral rejoint par Lolita, dont la libération passe par la voix.

Si la réalisatrice se distingue une nouvelle fois par sa capacité à tisser des intrigues parallèles, elle tire aussi le meilleur parti de ses comédiens, avec qui elle procède à de longues répétitions en amont du tournage. Dans un de ses premiers rôles, Marilou Berry se confronte à la figure imposante de Jean-Pierre Bacri, qui campe un personnage moins sympathique que dans Le Goût des autres. Leur opposition constitue la charpente de Comme une image, dont Agnès Jaoui résume en ces mots la portée morale : « Je pense que si on n’a pas réussi à dire non à son père, il y a peu de chance qu’on arrive à dire non à un patron, un supérieur, ou même parfois à quiconque représente, de près ou de loin, un pouvoir. C’est encore plus sensible pour une fille, qui est coincée entre la fatalité d’être considérée comme un objet de désir et la souffrance d’être niée. […] Le film parle de cette contradiction et de notre capacité de résistance aux ségrégations sociales. » (Le Monde, 22 septembre 2004)

Comme une image
France, Italie, 2004, 1h50, couleurs, format 2.35

Réalisation Agnès Jaoui
Scénario Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri
Photo Stéphane Fontaine
Musique Philippe Rombi ; Wolfgang Amadeus Mozart, Georg Friederich Haendel, Ludwig van Beethoven, Claudio Monteverdi, Franz Schubert, Jacques Offenbach…
Montage François Gédigier
Décors Olivier Jacquet
Costumes Jackie Budin
Production Jean-Philippe Andraca, Christian Bérard, Les Films A4, StudioCanal, France 2 Cinéma, Lumière, Eyescreen

Interprètes Marilou Berry (Lolita Cassard), Agnès Jaoui (Sylvia Miller), Jean-Pierre Bacri (Étienne Cassard), Laurent Grévill (Pierre Miller), Virginie Desarnauts (Karine Cassard), Keine Bouhiza (Sébastien), Grégoire Oestermann (Vincent), Serge Riaboukine (Félix), Michèle Moretti (Édith)

Présentation au Festival de Cannes 16 mai 2004
Sortie en France 22 septembre 2004

Création en exclusivité d'un DCP pour le festival par Pathé.
Distributeur : Pathé