Dans la chaleur de la nuit
In the Heat of the Night
de Norman Jewison · États-Unis · 1967 · 1h49
Deux heures du matin, dans la chaleur moite du Mississippi, la petite ville de Sparta dort. L’officier de police Wood (Warren Oates), effectue une ronde à bord de sa voiture lorsqu’il découvre le corps gisant d’un industriel local connu de tous. La machine se met en marche et le chef de la police (Rod Steiger) ordonne de rafler toute personne dehors : un homme noir est alors arrêté sur le quai de la gare et bientôt soumis à un interrogatoire. Le suspect idéal aux yeux de la police locale s’avère être Virgil Tibbs (Sidney Poitier), policier et éminent criminologue de Philadelphie.
Sorti trois ans après l’adoption du Civil Right Act mettant fin — du moins en théorie — à toutes formes de ségrégation et de discriminations reposant sur la race ou la couleur, mais aussi quelques mois seulement avant l’assassinat de Martin Luther King qui fut suivi de nombreuses émeutes raciales à travers le pays, Dans la chaleur de la nuit s’inscrit dans le contexte politique et sociétal intense des États-Unis des années 60.
Adapté d’un polar de John Ball, le film – qui raflera cinq Oscars – prouve que le cinéma engagé peut s'exprimer à travers un film de genre. Mêlant intrigue policière et plaidoyer antiraciste, Dans la chaleur de la nuit joue des antagonismes. Deux personnages s’affrontent : le flic blanc, homme brutal du Sud, assez minable, raciste, et l’inspecteur noir, très cultivé, venu de la côte Est, non dépourvu d’un certain dédain pour ces collègues des contrées perdues. Norman Jewison renvoie alors dos à dos, avec intelligence, les préjugés de chacun : les deux hommes sont dans l’obligation de travailler ensemble. De façon incisive, le cinéaste fait le portrait de cette petite bourgade du Sud, coincée dans les habitudes d’un racisme ordinaire qui gangrène la région. Ici le délit de faciès est monnaie courante. Jewison choisit, pour incarner Virgil Tibbs, Sidney Poitier, première star noire à s'imposer dans un monde de blancs et qui permit à toute une génération de comédiens afro-américains de faire carrière à Hollywood. Avec élégance, il incarne la droiture, ce roseau qui courbe parfois, mais jamais ne rompt face à la discrimination et à la violence xénophobe.
« Ce n'est certes pas la première fois qu'on porte ce thème à l'écran, et Sidney Poitier joue dans La Chaîne de Kramer un rôle assez proche (sauf que les deux hommes étaient des délinquants pourchassés au lieu d'être des policiers). Mais jamais, je crois, il ne l'a été avec autant de force, autant de précision aussi, et ceci est dû sans doute au fait que l'action s'intègre dans un milieu bien défini, celui d'une petite ville du Sud. Aucune bavure. Pas l'ombre de sentimentalité. Rien de gratuit. Tout porte. » (Ginette Servais, Jeune cinéma n°30, avril 1968)
Dans la chaleur de la nuit (In the Heat of the Night)
États-Unis, 1967, 1h49, couleurs, format 1.85
Réalisation Norman Jewison
Scénario Stirling Silliphant, d’après le roman éponyme de John Ball
Photo Haskell Wexler
Musique Quincy Jones
Montage Hal Ashby
Décors Robert Priestley
Costumes Alan Levine
Production Walter Mirisch, The Mirish Corporation
Interprètes Sidney Poitier (le détective Virgil Tibbs), Rod Steiger (le chef de la police Bill Gillespie), Warren Oates (Sam Wood), Quentin Dean (Delores Purdy), Lee Grant (Miss Colbert), Larry Gates (Eric Endicott) James Patterson (Purdy), William Schallert (Webb Schubert), Peter Whitney (Courtney), Kermit Murdock (Henderson), Matt Clark (Packy Harrison)
Sortie aux États-Unis 2 août 1967
Sortie en France 1er mars 1968
Restauration 4K The Criterion Collection.
Distributeur : Park Circus