Drame de la jalousie

Dramma della gelosia

de Ettore Scola · Italie · 1970 · 1h46

Oreste (Marcello Mastroianni), maçon et fervent communiste, quitte son épouse Antonia (Josefina Serratosa) pour Adelaide (Monica Vitti), une jeune fleuriste qu’il vient de rencontrer. Leur idylle est bientôt troublée par Nello (Giancarlo Giannini), un pizzaïolo dont Adelaide tombe amoureuse.

Ettore Scola démarre sa vie professionnelle en tant que dessinateur de presse pour l’hebdomadaire Marc’Aurelio, où il montre déjà son talent pour la satire, croquant en traits savoureux l’actualité. Il travaille ensuite pour la radio, puis devient rapidement un scénariste très sollicité, collaborant avec Antonio Pietrangeli, Mauro Bolognini ou encore Dino Risi. Il passe à la mise en scène en 1964 avec Parlons femmes, un film à sketchs où rayonne Vittorio Gassman.

Drame de la jalousie, son septième long métrage, lui permet d’acquérir une notoriété internationale. En compagnie du mythique tandem formé par les scénaristes Age & Scarpelli, Ettore Scola signe une tragi-comédie pleine de rebondissements, brodant autour du thème classique du triangle amoureux pour composer une farce truculente. Le récit ne joue pas sur le suspense puisque le film s’ouvre par une reconstitution policière : Oreste a tué Adelaide avec un sécateur. Sur la scène de crime, il entreprend de raconter au spectateur les circonstances qui ont conduit à ce jour funeste. L’intrigue brouille habilement la chronologie et mêle les points de vue.

Ettore Scola choisit des personnages issus d’un milieu populaire et décrit sans fard leur condition. La nuit, Oreste fixe des yeux les murs suintants et décrépits de son domicile, tandis que Rome est filmée comme une ville en decomposition, un chantier permanent envahi par les détritus. Derrière la dimension vaudevillesque du film pointe une réelle noirceur. Ettore Scola suggère combien les conventions bourgeoises pèsent aussi sur les classes prolétaires, dont les rêves sont forgés par l’idéologie dominante.

Ménage à trois, disputes homériques, tentatives de suicide : le cineaste pousse toutes les situations à l’excès, dans un geste ravageur. Trouvant le bon dosage entre gravité et burlesque, le film suscite l’enthousiasme lors de sa presentation au Festival de Cannes, où Marcello Mastroianni remporte le prix d’interprétation masculine.

« En s’inspirant de ces personnages impulsifs qui peuplent les faits divers, Scola a renouvelé le genre par une narration originale : les témoins évoquent les faits et viennent se mêler au passé revécu. Tout cela dialogué et filmé avec le plus grand naturel. Rien n’est épargné dans cette chronique amère et bouffonne : un chariot d’hôpital conduit Adelaide vers la morgue en un gag ultime et terrible. » (Michel Ciment, Positif n°148, été 1970)

Drame de la jalousie (Dramma della gelosia)
Italie, 1970, 1h46, couleurs, format 1.85

Réalisation Ettore Scola
Scénario Age & Scarpelli, Ettore Scola
Photo Carlo Di Palma
Musique Armando Trovajoli
Montage Alberto Gallitti
Décors Luciano Ricceri
Costumes Ezio Altieri
Production Pio Angeletti, Adriano De Micheli, Dean Film, Jupiter Generale Cinematografica, Midega Film

Interprètes Marcello Mastroianni (Oreste Nardi), Monica Vitti (Adelaide Ciafrocchi), Giancarlo Giannini (Nello Serafini), Manuel Zarzo (Ugo), Marisa Merlini (Silvana Ciafrocchi), Hércules Cortés (Ambleto di Meo), Gioia Desideri (l’ami d’Adelaide), Josefina Serratosa (Antonia), Juan Diego (le fils d’Antonia), Corrado Gaipa (le président du tribunal)

Sortie en Italie 1er mai 1970
Présentation au Festival de Cannes 10 mai 1970
Sortie en France 25 septembre 1970

Restauration 4K au laboratoire L'Immagine Ritrovata pour la Cineteca di Bologna.
Distributeur : Park Circus