Face à face

Prosopo me prosopo

de Robert Manthoulis · 1966 · 1h24

Dimitris (Kostas Messaris) est engagé par un couple de riches Athéniens (Theano Ioannidou, Lambros Kotsiris) pour enseigner l’anglais à leur fille Varvara (Eleni Stavropoulou), promise à un fiancé britannique. La jeune femme ne tarde pas à faire des avances à son professeur, perturbant leurs leçons. Pendant ce temps, un vent de contestation souffle dans les rues.

Face à face a été réalisé dans un contexte troublé. La Grèce est secouée en juillet 1965 par la chute du Premier ministre Geórgios Papandréou, poussé à la démission par le roi Constantin II. De grandes manifestations éclatent, durement réprimées par la police, et le pays connaît durant tout l’été une grave crise démocratique. Robert Manthoulis, qui a démarré sa carrière en tant que documentariste, choisit de tourner un film résolument engagé, qui prend acte des bouleversements de la société. Interviewé par le critique Michel Boujut, le réalisateur définit ainsi ses intentions : « Face à face est une mise en accusation de la classe qui a été à l’origine de tous les malheurs de la Grèce depuis trente ans. Une mise en accusation aussi de ceux qui ont renoncé à la lutte, qui ont abandonné l’idéalisme de leur jeunesse pour gagner de l’argent et vivre confortablement… » (Cahiers du cinéma n°205, octobre 1968)

Le film confronte un jeune et timide professeur à une famille aisée, qui vit dans sa bulle et regarde le monde depuis son balcon. Courtisé autant par la fille que par la mère, Dimitris se laisse happer par ces deux femmes qui l’utilisent pour assouvir leurs fantasmes bourgeois. Pour mieux servir son propos, Robert Manthoulis utilise les codes de la comédie de mœurs, qui s’entrechoquent à la réalité. Tandis que l’appartement feutré est le théâtre de jeux de séduction, la révolte gronde par la fenêtre. Le cinéaste emploie des images d’actualité pour raconter la fièvre qui s’empare du peuple. Dimitris devra choisir : se perdre dans la sensualité ou rejoindre à son tour la protestation.

Lorsque Face à face sort en Grèce en décembre 1966, il est d’abord autorisé par la commission de censure. La donne change brutalement avec le coup d’État des colonels en avril 1967, et le film se retrouve interdit à cause de son point de vue subversif. Robert Manthoulis s’exile en France, où il travaillera pour la télévision. Selon ses propres mots, « l’interdiction d’un film est un fait peu important comparé à la souffrance d’un peuple. Je suis d’ailleurs plutôt heureux que mon film soit interdit par le gouvernement actuel. Cela prouve au moins qu’il est assez explicite pour le gêner. » (art. cit.)

Face à face (Prosopo me prosopo)
Grèce, 1966, 1h24, noir et blanc, format 1.37

Réalisation Robert Manthoulis
Scénario Robert Manthoulis, Kostas Mourselas
Photo Stamatis Trypos
Musique Nikos Mamangakis
Montage Panos Papakyriakopoulos
Décors Yannis Migadis
Production Robert Manthoulis, Alter Ego Productions

Interprètes Kostas Messaris (Dimitris Emmanouil), Eleni Stavropoulou (Varvara), Theano Ioannidou (la mère), Lambros Kotsiris (le père), Mary Gotsi (l’employée de maison), Simon Hinkly (le fiancé)

Sortie en Grèce 12 décembre 1966
Présentation au Festival de Locarno juillet 1967

Restauration 4K du Greek Film Archive au laboratoire L’Immagine Ritrovata avec le soutien du programme « A Season of Classic Films ».
Ayant-droit : Succession Robert Manthoulis