Ghost in the Shell

Kokaku Kidotai

de Mamoru Oshii · Japon, Royaume-Uni · 1995 · 1h23

New Port City, 2029. Dans une société régie par les nouvelles technologies et par Internet, une criminalité ultrasophistiquée a vu le jour. Pour lutter contre elle, la police se dote de nouveaux moyens. Le major Kusanagi dirige une unité secrète, aux côtés de son adjoint Batou. Cyber-policière, elle est capable de se brancher directement sur toutes les bases de données mondiales. Elle a pour mission de neutraliser le « Puppet Master », un pur esprit capable de se mouvoir à travers les réseaux, suspecté de manipulation boursière, de trafic d’informations, de manœuvres politiques, de terrorisme…

Publié sous forme d’un feuilleton dans la revue Young Magazine en 1989, le manga cyberpunk japonais Ghost in the Shell de Shirow Masamune devient rapidement le manga préféré de la jeunesse nippone. Pour adapter au cinéma ce conte techno-philosophique, on fait appel à Mamoru Oshii, diplômé des beaux-arts, réalisateur pour la télévision et le cinéma, et auteur du célèbre Patlabor (1989). À sa sortie, le film est un semi-échec mais ne tarde pas à devenir culte. Avec Akira de Katsuhiro Otomo (1988), il ouvre la voie aux films d’animation pour adultes.

Trente ans après sa sortie, et à l’heure des IA génératives, Ghost in the Shell a quelque chose de visionnaire, quasi prophétique. À New Port City, les robots ont quelque chose d’humain et les humains "augmentés" ont quelque chose du robot. Le film interroge donc sur la part d’humanité restante, sur ce qui fait, encore, la différence entre homme et machine, désormais dotée de conscience (le "ghost"), la différence entre corps et esprit, développant pour le personnage de Kusanagi une nostalgie d’un impossible état humain. Véritable styliste, Mamoru Oshii signe des images d’une grande beauté, appuyant la poésie du propos philosophique – un travail salué par des cinéastes comme James Cameron et Steven Spielberg.

« Inspiré de Hong Kong, le paysage urbain fait irrésistiblement penser aux films de John Woo ou à ceux de Wong Kar-wai. Mais on songe aussi à Ozu en voyant Kusanagi contempler les gestes quotidiens du travail derrière les immeubles de verre. Ou à John Ford et à la grande scène de la rivière dans Les Deux Cavaliers lorsque l’action s’arrête le temps d’une longue discussion. Et même à Bergman et Persona *­quand les deux visages de Kusanagi et de son double finissent par se rejoindre jusqu’à se confondre. Loin de n’être qu’une accumulation de combats et de poursuites ou un alliage putassier de sexe et de violence, le film sait prendre son temps, stopper le mouvement effréné de l’intrigue pour livrer quelques réflexions finalement pas si éloignées de Deleuze ou de Virilio. *» (Frédéric Bonnaud, Les Inrockuptibles, 30 novembre 1996)

Ghost in the Shell (Kokaku kidotai)
Japon, Royaume-Uni, 1995, 1h23, couleurs, format 1.85

Réalisation Mamoru Oshii
Scénario Kazunori Ito, d’après le manga éponyme de Shirow Masamune
Photo Hisao Shirai
Direction artistique Hiromasa Ogura
Direction de l’animation Toshihiko Nishikubo
Musique Kenji Kawai
Montage Tsuyoshi Imai, Shuichi Kakesu, Yayoi Otake, Shigeyuki Yamamori
Production Teruo Miyahara, Shigeru Watanabe, Andy Frain, Shirow Masamune, Kodansha, Bandai Visual, Manga Entertainment

Sortie au Japon 18 novembre 1995
Sortie en France 29 janvier 1997

Restauration 4K
Distributeur : Anime Ltd