Jusqu’au bateau

Mehri to ploio

de Alexis Damianos · Grèce · 1966 · 1h29

Le paysan Niakas (Alexis Damianos) décide de quitter ses montagnes et de se rendre au Pirée afin d’embarquer pour l’Australie, avec l’espoir d’y trouver une vie meilleure.  Sa route est jalonnée de haltes et de rencontres.

Jusqu’au bateau se compose de trois volets, marquant autant d’étapes dans l’odyssée de Niakas. Le cinéaste Alexis Damianos interprète lui-même cet homme qui tourne le dos à son village natal et prend le chemin de l’exil, ne trouvant plus les ressources nécessaires pour subsister dans son pays. Dans la première histoire, il retrouve un ancien compagnon de guerre devenu forgeron, avec qui il se dispute au sujet d’une femme. Dans la seconde, il fait la connaissance d’une jeune bergère, au coeur d’une plaine aride, sous un soleil écrasant. Dans la dernière, qui plonge dans l’ambiance citadine, il se lie avec un couple en crise, et l’épouse abandonnée finira par embarquer avec lui.

Chaque segment de ce triptyque retarde le départ du personnage principal et le confronte à la possibilité de rester, mais le récit ne ménage aucune autre issue, tant campagnes et villes semblent gagnées par le même désespoir, contraignant les plus défavorisés à tenter l’émigration. Auteur et metteur en scène de théâtre, Alexis Damianos réalise ici à 45 ans son premier film, sans bagage technique mais avec une solide détermination. S’inspirant pour bâtir son scénario de nouvelles d’écrivains contemporains et d’une chanson populaire, il donne à chaque partie de son œuvre un ton et un style différents, accompagnant la traversée de son héros fuyant à regret sa patrie. Tourné avant le coup d’État menant à la dictature des colonels, Jusqu’au bateau frappe par son aspect rude et dépouillé. Si certains journalistes le comparent pour le sujet au film America America d’Elia Kazan (1963), d’autres voient dans son âpreté le prolongement du néoréalisme italien.

« On pense en effet à Ossessione à cause de la moiteur qui accable les personnages dans l’extraordinaire séquence de la rupture du couple et de la mise en ménage, si je puis dire, de l’épouse délaissée et de notre héros. Les dernières scènes sont admirables : dans l’ambiance embrasée et fiévreuse du port, des séparations déchirantes bouleversent des familles de pauvres gens. L’atmosphère de cet épisode est proprement envoûtante et tout le film ne laisse pas d’exercer un charme profond sur qui n’y oppose pas – à tort – la barrière d’exigences indûment cartésiennes : Damianos s’affirme indiscutablement comme cinéaste puisqu’il a su rendre brûlantes ses images et vivants ses personnages. » (Marcel Martin, Cinéma 68 n°125, avril 1968)

Jusqu’au bateau (Mehri to ploio)
Grèce, 1966, 1h29, noir et blanc, format 1.37

Réalisation & scénario Alexis Damianos, d’après les nouvelles La Bague de Spilios Passayannis et Nanota de Grigoris Xenopoulos
Photo Christos Mangos, Yorgos Panoussopoulos, Yannis Velopoulos
Musique Clelia Fotopoulou
Montage Yorgos Triantafyllou
Décors Alexis Damianos
Production Alexis Damianos, Poreia

Interprètes Alexis Damianos (Antonis Niakas), Christos Tsangas (Fotis Lianakas), Eleni Bourbouhaki (Lenio), Venia Paliri (Nanota)

Sortie en Grèce 27 septembre 1966

Distributeur : Tamasa
Ressortie en salles début 2027