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La Dérive
de Paula Delsol · France · 1964 · 1h23
Jacqueline (Jacqueline Vandal) a 20 ans. Abandonnée par Pierre (Pierre Barouh), son compagnon guitariste, elle retourne vivre chez sa mère (Paulette Dubost) à Palavas-les-Flots. Jacqueline cherche un nouvel amour, passe d’un homme à l’autre mais ne rencontre que déceptions et désillusions.
Ayant déjà publié deux romans aux Éditions Julliard, Adieu et merci et Pourquoi j’aime Nine, Paula Delsol ressent le besoin de passer de l’écrit à l’image, afin de capter la vérité des êtres, des corps et des visages. Elle estime que le cinéma est un art complet, car il permet de saisir le mouvement de la vie et l’esprit du temps sans recourir aux descriptions. Compagne du chef opérateur Jean Malige, elle a été scripte à ses côtés sur Les Mistons de François Truffaut (1957), avec qui elle noua une profonde amitié.
Si le nom de Paula Delsol est aujourd’hui peu connu – l’histoire retenant Agnès Varda comme la seule femme cinéaste liée à la Nouvelle Vague –, elle pourrait légitimement être affiliée à ce courant, dont elle reprend certains principes. Chronique sans véritable moteur narratif, La Dérive frappe par sa liberté de ton, et le tournage fait la part belle aux extérieurs, documentant l’époque dans les rues de Camargue.
Surtout Paula Delsol pose un regard sans jugement sur son héroïne, qui rejette les valeurs traditionnelles mais cultive toujours l’espoir d’une idylle qui la sortirait de sa condition. Stérile depuis une opération, elle n’a plus à redouter une grossesse après chaque nuit passée avec un amant. Ce sujet heurte la commission de censure, qui interdit le film aux mineurs, lui reprochant de montrer une jeunesse dévoyée. Paula Delsol se voit proposer des coupes qu’elle refuse catégoriquement, consciente que cela dénaturerait le sens de son œuvre. Sorti en plein mois d’août, La Dérive est bien accueilli par la presse mais disparaît rapidement de l’affiche. Sa restauration permet de redécouvrir un film d’une grande audace, à la dimension féministe affûtée.
« C’est le portrait d’une jeune fille ambitieuse et paresseuse, qui veut échapper à son milieu très modeste, cherche désespérément ce que l’on appelle le grand amour, croit l’avoir trouvé à chaque rencontre et laisse sa sentimentalité aller à la dérive. Le sujet peut paraître facile, voire vulgaire. Je crois qu’il n’est ni l’un ni l’autre. J’ai essayé de brosser très objectivement le caractère d’une jeune fille qui a pris conscience de sa liberté sexuelle. Mais, comme pour toute liberté, il faut savoir s’en servir. » (Paula Delsol, Le Monde, 21 août 1964)
La Dérive
France, 1964, 1h23, noir et blanc, format 1.85
Réalisation & scénario Paula Delsol
Photo Jean Malige
Musique Roger Bène, Christian Donnadieu
Montage Agnès Guillemot
Production Alexandre Kamenka, Productions Cinématographiques du Languedoc
Interprètes Jacqueline Vandal (Jacqueline), Lucien Barjon (Maurice), Paulette Dubost (la mère de Jacqueline), Jean-François Calvé (Régis), Noëlle Noblecourt (Agathe), Pierre Barouh (Pierre), Anne-Marie Coffinet (Claire)
Sortie en France 19 août 1964
Film présenté en avant-première de ressortie.
Restauration 4K Cinémathèque française, au laboratoire Transperfect Media en collaboration avec le CNC et avec le soutien de la Fondation d'entreprise Neuflize OBC .
Distributeur : Les Acacias
Ressortie le 6 janvier 2027 par Les Acacias.