La Femme insecte

Nippon konchuki

de Shohei Imamura · Japon · 1963 · 2h03

Tome (Sachiko Hidari) a grandi à la campagne, dans le Nord du Japon, au sein d’un milieu paysan. Lorsqu’elle a 20 ans, son entourage la pousse à donner son corps au propriétaire de la ferme, afin de régler une dette. Il abuse d’elle et la met enceinte. Tome doit se rendre à la ville pour trouver un travail.

Personnalité incontournable de la Nouvelle Vague japonaise des années 60, Shohei Imamura s’impose d’emblée comme un réalisateur iconoclaste. À la simplicité et l’épure de Yasujiro Ozu, dont il fut pourtant l’assistant, il privilégie une mise en scène âpre, portant un regard sans concession sur la société nippone et ses marges. Dans Cochons et cuirassés (1963), son troisième long métrage, il dénonce avec vigueur l’avilissement du peuple japonais durant l’occupation américaine. Le cinéaste poursuit son œuvre avec La Femme insecte, qui raconte la vie de Tome sur plus de quarante ans. Née d’une mère volage et d’un père simple d’esprit, elle a été élevée dans un climat incestuel et semble vouée à un destin tracé d’avance : pour échapper à la misère, elle travaillera dans une usine textile, deviendra servante, et finira par se livrer à la prostitution, avant de se muer à son tour en maquerelle.

Shohei Imamura découpe son film en chapitres, qui se bouclent chacun par un arrêt sur image, au fil d’un récit très distancié. L’ouverture – un gros plan sur un insecte qui escalade une motte de terre – préfigure le pénible cheminement de l’héroïne, prisonnière d’un cycle éternel. Dans la scène finale, elle devra encore gravir une montagne pour retrouver sa fille Nobuko, à qui elle a donné naissance suite à un viol subi très jeune. Shohei Imamura observe cette existence sans jugement ni bons sentiments, à la manière d’un entomologiste, reliant le comportement de ses personnages aux conditions dans lesquelles ils vivent. Le cinéaste intègre à son film des passages documentaires issus de bandes d’actualité, qui balaient l’Histoire du Japon et ancrent le récit dans son époque. Présenté à la Berlinale, où Sachiko Hidari reçoit le prix d’interprétation, La Femme insecte marque les esprits et fait connaître le talent de Shohei Imamura hors de son pays.

« L’essentiel est cette façon dont le cinéaste trivialise chaque situation, et élude la psychologie attendue. S’il existe un cinéaste nippon du réel, c’est bien lui. Il est constamment au milieu des choses, filmant sans apprêt, dans le noir, de loin, en plongée, dans la rue, dans la foule. Bref, comme il peut. Cela permet à son cinéma de sortir de l’esthétique figée des studios dont il était issu. Le corollaire de cette trivialité est une grande crudité, assortie d’un goût pour la provocation et la sensualité. » (Vincent Ostria, Les Inrockuptibles, 30 mai 2018)

La Femme insecte (Nippon konchuki)
Japon, 1963, 2h03, noir et blanc, format 2.39

Réalisation Shohei Imamura
Scénario Shohei Imamura, Keiji Hasebe
Photo Shinsaku Himeda
Musique Toshiro Mayuzumi
Montage Mutsuo Tanji
Décors Kimihiko Nakamura
Production Kazu Otsuka, Jiro Tomoda, Nikkatsu

Interprètes Sachiko Hidari (Tome), Jitsuko Yoshimura (Nobuko), Kazuo Kitamura (Chuji), Seizaburo Kawazu (Karasawa), Hiroyuki Nagato (Matsunami), Masumi Harukawa (Midori), Sumie Sasaki (En, la mère de Tome), Shoichi Ozawa (l’amant de Midori), Tanie Kitabaysahi (Suma Kanie), Teruko Kishi (la grand-mère de Tome), Jitsuko Yoshimura (Nobuko)

Sortie au Japon 16 novembre 1963
Présentation à la Berlinale 6 juillet 1964
Sortie en France 11 octobre 1972

Label Lumière Classics
DCP VOSTF en exclusivité pour le festival, en avant-première de ressortie
Restauration 4K 2026 Carlotta Films en collaboration avec la NIKKATSU Corporation.
Distributeur : Carlotta Films
Ressortie prochainement en salles