La Maison de l’ange

La casa del angel

de Leopoldo Torre Nilsson · Argentine · 1957 · 1h16

Buenos Aires, dans les années 1920. Troisième fille d’une famille aisée, Ana (Elsa Daniel) est une adolescente qui a reçu une éducation religieuse stricte. Sa mère (Berta Ortegosa) l’a élevée dans la peur du péché. Son père (Guillermo Battaglia) fréquente Pablo Aguirre (Lautaro Murúa), un jeune député qui défend la liberté de la presse. Ce dernier est attiré par la pureté d’Ana.

La Maison de l’ange démarre par une séquence troublante, où Ana raconte en voix off comment elle sert tous les vendredis le café à Pablo, invité par son père. Elle révèle par bribes à quel point ce rituel est difficile pour elle : « Mon regard ne monte jamais plus haut que sa cravate… Il ne me dit pas merci : c’est notre seul lien, la marque de sa domination absolue sur moi. » La caméra se focalise sur les gestes, tandis qu’Ana partage avec nous ses pensées et plonge dans ses souvenirs. Le récit opère alors un retour en arrière et nous révèle l’environnement dans lequel Ana a grandi. Sous la surveillance d’une mère bigote, la jeune fille a dû apprendre à réprimer ses désirs, l’éveil des sens étant pour elle lié à la crainte de l’enfer. Dans son quotidien le puritanisme est partout : elle doit prendre son bain en chemise, tandis que les statues antiques d’un parc sont couvertes d’un voile pudique. Le film suggère les ravages psychologiques qu’entraîne une telle éducation, et dénonce l’hypocrisie de la société bourgeoise, où le silence cache une réelle violence, favorisant un climat de terreur.

Très ambitieux dans son propos, La Maison de l’ange est aussi d’une grande modernité formelle. Le noir & blanc contrasté joue sur les clairs-obscurs, tandis que la subjectivité du récit s’incarne à travers des cadrages singuliers ou des plans en contre-plongée. Huitième long métrage de Leopoldo Torre Nilsson, La Maison de l’ange est une œuvre maîtrisée et novatrice, qui occupe une place importante dans l’histoire du cinéma argentin. Le film permet au réalisateur de se faire connaitre au-delà de son pays. Sélectionné au Festival de Cannes en 1957, La Maison de l’ange est salué par la presse. Leopoldo Torre Nilsson mènera ensuite une carrière prolifique, travaillant avec sa compagne, la romancière Beatriz Guido.

« Le roman adapté doit être excellent. Mais le film n’est pas son illustration. Il possède une densité romanesque qui est une qualité peu courante au cinéma. Ses personnages de premier ou de second plan possèdent une vie intense et l’atmosphère est extrêmement prenante. Le film rappelle par plus d’un trait L’Âge d’or de Luis Buňuel. » (Georges Sadoul, Les Lettres françaises, 23 mai 1957)

La Maison de l’ange (La Casa del ángel)
Argentine, 1957, 1h16, noir et blanc, format 1.37

Réalisation Leopoldo Torre Nilsson
Scénario Martín Rodríguez Mentasti, Leopoldo Torre Nilsson, Beatriz Guido, d’après le roman éponyme de Beatriz Guido
Photo Aníbal González Paz
Musique Juan Carlos Paz, Juan Ehlert
Montage Jorge Gárate
Décors Emilio Rodríguez Mentasti
Costumes Carlos Etcheverry
Production Argentina Sono Film, Mayron Pictures

Interprètes Elsa Daniel (Ana Castro), Lautaro Murúa (Pablo Aguirre), Berta Ortegosa (la mère d’Ana), Guillermo Battaglia (le père d’Ana), Bárbara Mujica (Vicenta), Yordana Fain (Naná), Lili Gacel (Julieta Castro), Nora Massi (Isabel Castro), Alejandro Rey (Julián), Paquita Vehil (Cristina)

Présentation au Festival de Cannes 17 mai 1957
Sortie en Argentine 11 juillet 1957

Label Lumière Classics
Restauration 4K Sociedad por la Restauracion Audiovisual et Latam Classics supervisée par Luis Alberto Scalella au laboratoire Cubic, avec le soutien du programme de mécénat du ministère de la Culture de la ville de Buenos Aires.
Ayant-droit : Argentina Sono Film