La Plus belle soirée de ma vie

La più bella serata della mia vita

de Ettore Scola · Italie · 1972 · 1h46

Alfredo (Alberto Sordi), homme d’affaires fortuné, se rend en Suisse pour y placer une importante somme d’argent. Sa voiture tombe en panne sur une route de montagne, et il trouve refuge dans un château. Il y fait la connaissance de magistrats à la retraite, qui ont pour habitude de se retrouver pour mettre en scène de faux procès. Alfredo est invité à jouer l’accusé.

En adaptant La Panne, roman de l’écrivain suisse Friedrich Dürrenmatt, Ettore Scola trouve matière à développer ses propres réflexions. À travers le personnage d’Alfredo, le cinéaste se livre à une dénonciation féroce de la bourgeoisie, dont il épingle tous les travers. Dès les premières scènes se dessine le portrait d’un homme prêt à tout pour conserver ses privilèges et entretenir sa richesse. Pratiquant l’évasion fiscale, il est présenté comme avide et sûr de son bon droit. Lorsqu’il rencontre une séduisante motarde, il n’hésite pas à la poursuivre au volant tel un prédateur. Son moteur tombant soudain à l’arrêt, le récit bifurque avec lui dans le décor étrange d’un château isolé, où le film va se déployer dans un registre volontiers théâtral, l’action étant concentrée sur une seule nuit.

Ettore Scola confronte Alberto Sordi à quatre acteurs de légende du cinéma français : Michel Simon, Charles Vanel, Pierre Brasseur et Claude Dauphin sont les représentants d’une justice immuable, qui pour tromper l’ennui organisent des parodies de procès. Socrate, Jésus-Christ et Jeanne d’Arc ont déjà fait l’objet de leurs réquisitoires. Se laissant prendre au jeu, Alfredo va remettre sa vie entre leurs mains, persuadé de n’avoir rien à se reprocher. Dans La Plus Belle Soirée de ma vie, la charge politique revêt une dimension grotesque : le sort d’Alfredo est scellé au cours d’un dîner fastueux, où ses hôtes reprennent leurs costumes de jadis et passent au crible ses méfaits. Amer et crépusculaire, le film est traversé par une tonalité funèbre, Pierre Brasseur mourant peu avant la fin du tournage, tandis que Michel Simon tient ici l’un de ses derniers grands rôles.

« À mi-chemin de la fable et de la comédie, La Plus Belle Soirée de ma vie est un film brillant, amusant, insolite. Scola a très habilement intégré à son récit la part de fantastique que recélait l’histoire. Dès le début de l’aventure d’Alfredo, nous glissons du réalisme quotidien à un réalisme différent, onirique, cauchemardesque. Il est évident qu’Alfredo est tombé dans un piège dont il ne peut sortir indemne. » (Jean de Baroncelli, Le Monde, 31 mars 1979)

La Plus Belle Soirée de ma vie (La più bella serata della mia vita)
Italie, 1972, 1h46, couleurs, format 1.66

Réalisation Ettore Scola
Scénario Ettore Scola, Sergio Amidei, d’après le roman La Panne de Friedrich Dürrenmatt
Photo Claudio Cirillo
Musique Armando Trovajoli
Montage Raimondo Crociani
Décors & costumes Luciano Ricceri
Production Dino De Laurentiis, Produzioni De Laurentiis International Manufacturing Company

Interprètes Alberto Sordi (Alfredo Rossi), Michel Simon (le procureur Zorn), Charles Vanel (le juge Dutz), Pierre Brasseur (le comte la Brunetière), Claude Dauphin (le greffier Buisson), Janet Agren (Simonetta), Giuseppe Maffioli (Pilet)

Sortie en Italie 21 décembre 1972
Sortie en France 28 mars 1979

Restauration 2K Sony Pictures au laboratoire Colorworks.
Distributeur : Park Circus