La Renarde

Gone to Earth

de Michael Powell & Emeric Pressburger · Royaume-Uni · 1950 · 1h51

Dans le Shropshire, à la frontière entre le Pays de Galles et l’Angleterre. Hazel Woodus (Jennifer Jones), orpheline de mère, vit avec son père. Jeune femme farouche et indépendante, elle a fait d’une petite renarde son amie et sa confidente. Un jour, alors qu’elle rentre chez elle pieds nus, elle est abordée par un homme qui propose de la raccompagner dans sa voiture à cheval. C’est Jack Reddin (David Farrar), châtelain local et viril chasseur qui tentera d’abuser d’elle. Même après ses fiançailles avec le pasteur, Hazel est poursuivie par Reddin…

« Tourner Gone to Earth fut une expérience aussi heureuse qu’un retour à l’enfance. […] Tout autour de nous me rappelait les histoires de ma mère et mes visites d’enfant au Worcestershire. Même le paysage, avec ses passages abrupts de la civilisation à la nature sauvage, contribuait à l’histoire et aidait les acteurs. » (Michael Powell, Million Dollar Movie, Actes Sud / Institut Lumière, 2000)

Tourné au Royaume-Uni, La Renarde fut cofinancé par David O’Selznick, mythique producteur américain, qui voyait dans le script un rôle pour son épouse Jennifer Jones. L’actrice incarne Hazel à la perfection, jeune femme indépendante, en lien profond avec une nature débordante et sauvage. Les croyances et légendes font parties d’elle et de l’héritage laissé par sa défunte mère. Jennifer Jones se fondit dans le personnage, charma toute l’équipe de tournage en passant ses heures libres à marcher pieds nus dans les vallons anglais. Un tournage particulièrement heureux également pour Michael Powell, entouré de renforts locaux dans les équipes techniques et artistiques. Mais Selznick, insatisfait du rendu, demandera à retourner certaines scènes. Nombre de réalisateurs refusèrent, Rouben Mamoulian accepta. C’est ainsi que la version amputée, The Wild Heart, sortit aux États-Unis.

Dans sa version originale, le duo Powell-Pressburger signe un film à l’aura quasi fantastique. Le personnage d’Hazel reste énigmatique, en empathie avec la faune qui l’entoure, s’identifiant à cette renarde poursuivie par les assauts des hommes. Les paysages sont sublimés par un superbe Technicolor – marque de fabrique des réalisateurs. La nature y est un personnage à part entière, apportant au récit un ancrage mystique.

« Une célébration magique de la nature. Œuvre harmonieuse sur l’harmonie universelle, le film est audacieusement littéral : le destin de l’héroïne, une charmante sauvageonne nommée Hazel, est assimilé à celui de sa renarde apprivoisée, nommée Foxy. Créature pourchassée, comme les renards, par les hommes, Hazel est la passeuse entre deux mondes ; l’univers sensible (englobant les êtres vivants et les choses) et la société, régie par l’idéal chrétien. […] Le film devient fascinant en décrivant un monde où la sensation, le pur instinct, les forces telluriques, le magnétisme animal dépassent la raison et la passion. […] Mais au-delà de l’opposition entre christianisme et paganisme, le véritable enjeu est la lutte entre le principe masculin – l’instinct sexuel du chasseur – et le principe féminin – la terre, à la fois gouffre et matrice de la nature. » (Vincent Ostria, Cahiers du cinéma n°511, mars 1997)

La Renarde (Gone to Earth)
Royaume-Uni, 1950, 1h51, couleurs (Technicolor), format 1.37

Réalisation & scénario Michael Powell, Emeric Pressburger, d’après le roman éponyme de Mary Webb
Photo Christopher Challis
Musique Brian Easdale
Montage Reginald Mills
Décors Hein Heckroth
Costumes Ivy Baker, Julia Squire
Production Michael Powell, Emeric Pressburger, London Film Productions, The Archers, Vanguard Productions

Interprètes Jennifer Jones (Hazel Woodus), David Farrar (Jack Reddin), Cyril Cusack (Edward Marston), Sybil Thorndike (Mrs. Marston), Edward Chapman (Mr. James), Esmond Knight (Abel Woodus), Hugh Griffith (Andrew Vessons), George Cole (Albert), Beatrice Varley (la tante Prowde), France Clare (Amelia Comber)

Présentation à la Mostra de Venise 1er septembre 1950
Sortie au Royaume-Uni 6 novembre 1950
Sortie en France 2 mai 1951

Label Lumière Classics
DCP VOSTF en exclusivité pour le festival. Restauration 4K The Walt Disney Studios avec The Film Foundation, qui nous ont proposé le film, et supervisée par Thelma Schoonmaker et Martin Scorsese au laboratoire Cineric.
Distributeur : Park Circus