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L’Arche

Dong fu ren

de T’ang Shushuen · Hong Kong · 1968 · 1h35

Chine, XVIIe siècle. Madame Tung (Lisa Lu) est une veuve encore jeune, qui habite avec sa belle-mère et sa fille Wei Ling (Hilda Chow Hsuan). Sa grandeur d’âme est admirée de tous. Pour célébrer sa vertu, les villageois souhaitent qu’une arche soit élevée à sa gloire. Lorsque débarque une troupe de soldats, Madame Tung doit héberger le capitaine Yang (Roy Chiao), qui développe bientôt des sentiments à son égard.

Née en 1941, T’ang Shushuen étudie le cinéma à l’Université de Caroline du Sud. Après cette expérience américaine, elle revient à Hong Kong et se lance, à 27 ans seulement, dans la réalisation de L’Arche, son premier long métrage. L’intrigue repose sur une lutte intime entre honneur et passion. Madame Tung est une veuve respectée, dont la droiture et la chasteté suscitent tous les éloges. Elle cultive le souvenir de son mari défunt et enseigne aux enfants la littérature. La rencontre avec le capitaine Yang, qui se montre sensible à son charme, réveille chez elle un désir qu’elle devra refouler pour ne pas écorner sa réputation. T’ang Shushuen saisit avec délicatesse le trouble qui s’empare de son héroïne. La naissance d’un amour est suggérée par petites touches : un échange de regards, deux mains qui se frôlent pour attraper un insecte. À travers cette histoire impossible, la réalisatrice illustre le joug moral sous lequel vivaient les femmes à cette époque. Figée dans un rôle social, Madame Tung doit réprimer toute sensualité et se résigner à la solitude.

L’Arche brille par sa beauté plastique. La photographie en noir & blanc est signée par Subrata Mitra, qui fut le chef opérateur de Satyajit Ray. Il compose une lumière douce et poétique, qui magnifie autant les visages que les paysages, et souligne avec subtilité les émotions des interprètes. Tandis que la musique du film use d’instruments traditionnels, le montage affiche une grande modernité, arrêts sur image et surimpressions venant nous plonger dans la psyché de Madame Tung. Par sa recherche formelle et son art du récit, L’Arche retient l’attention de la critique française, qui loue sa retenue et son épure. Au fil du temps le film est devenu un classique du cinéma hongkongais.

« C’est une œuvre précieuse et raffinée dont la lenteur concertée, la simplicité austère, les silences étudiés, l’interprétation pudique s’emploient à créer un climat recueilli et contemplatif autour d’un dramatique conflit de l’amour et du devoir, conflit qui serait cornélien s’il n’était traité avec des grâces très raciniennes. » (Marcel Martin, Les Lettres françaises, 2 juillet 1969)

L’Arche (Dong fu ren)
Hong Kong, 1968, 1h35, noir et blanc, format 1.66

Réalisation & scénario T’ang Shushuen, d’après une nouvelle de Lin Yutang
Photo Subrata Mitra
Musique Lu Tsan-yuan
Montage Les Blank, C.C See
Décors Bao Tianming
Costumes Liu Hsien-hui
Production Li Chiu-chung, Film Dynasty

Interprètes Lisa Lu (Madame Tung), Roy Chiao (le capitaine Yang), Hilda Chow Hsuan (Wei Ling), Lee Ying (Chang), Liang Jui (le moine)

Présentation au Festival de Cannes mai 1969
Sortie en France 25 juin 1969
Sortie à Hong Kong 14 octobre 1970

Restauration 4K M+ au laboratoire Silver Salt Restoration, grâce au soutien de Chanel.
Ayant-droit : M+