Le Fanfaron

Il sorpasso

de Dino Risi · Italie · 1962 · 1h46

Rome, le 15 août. Les habitants ont déserté la capitale qui ploie sous la chaleur. Bruno (Vittorio Gassman) sillonne les rues en voiture, à la recherche d’un téléphone pour contacter des amis. Il s’invite chez Roberto (Jean-Louis Trintignant), un étudiant resté chez lui pour préparer ses examens. Les deux hommes ont des tempéraments opposés. Hâbleur et insouciant, Bruno embarque le timide Roberto dans un périple improvisé.

Road movie débridé, comédie menée à tombeau ouvert, fable cruelle : Le Fanfaron est tout cela à la fois et l’un des sommets dans l’œuvre de Dino Risi. Le scénario d’Ettore Scola et Ruggero Maccari tire avant tout sa force de la précision avec laquelle il définit ses personnages, aux caractères si différents. Bruno est un être à la fois solaire et horripilant, un séducteur invétéré, amateur de bonne chère et de plaisirs immédiats. Au volant de sa décapotable, une Lancia Aurelia, il cultive le goût de la vitesse et ne supporte pas d’être doublé. Sa jovialité et son exubérance lui valent d’être apprécié par tous et chacune de ses rencontres se transforme en numéro de charme. Roberto est son envers, un jeune homme introverti, trop sage et studieux. Issu d’un milieu plus bourgeois, il met tant de zèle à préparer sa future carrière qu’il en oublie de savourer le présent. Au fil du récit, les deux hommes vont déteindre l’un sur l’autre. Roberto se décoince peu à peu et finit par se laisser griser par cette échappée folle le temps d’un week-end. La bonhomie de Bruno va au contraire se lézarder : son énergie débordante cache un vide intérieur qu’il cherche à tout prix à combler.

De la capitale aux plages de Toscane, Dino Risi brosse le tableau d’un pays ivre de loisirs, profitant des derniers feux du boom économique. Sous le rire affleure une critique acerbe d’une société qui se repaît de valeurs superficielles et court vers l’abîme sans le savoir. Le cinéaste joue du contraste entre une photographie lumineuse, captant la dolce vita du mois d’août, et la mélancolie qui sourd de son propos. Dino Risi précise ainsi son point de vue : « J’ai toujours été fasciné par l’été, par ce temps suspendu, cet arrêt où ressortent le meilleur et le pire de chacun, une sorte de trêve entre deux guerres. Les vacances amènent cette sorte de joie sinistre, parce que sous la cordialité, la sympathie et l’amitié qui viennent du fait de vivre des jours sans compétition, affleurent vite les peurs, les angoisses d’un avenir qui est déjà là. » (Dino Risi, Positif n°142, septembre 1972)

Le Fanfaron (Il sorpasso)
Italie, 1962, 1h46, noir et blanc, format 1.85

Réalisation Dino Risi
Scénario Ruggero Maccari, Ettore Scola, Dino Risi
Photo Alfio Contini
Musique Riz Ortolani
Montage Maurizio Lucidi
Décors & costumes Ugo Pericoli
Production Mario Cecchi Gori, Incei Film, Sancro Film, Fair Film

Interprètes Vittorio Gassman (Bruno Cortona), Jean-Louis Trintignant (Roberto Mariani), Catherine Spaak (Lilly Cortona), Claudio Gora (Bibi), Luciana Angiolillo (Gianna Cortona), Linda Sini (la tante Lidia), Edda Ferronao (la tante Enrica), Nando Angelini (Amedeo)

Sortie en Italie 5 décembre 1962
Sortie en France 27 juin 1963

Restauration 4K Cineteca di Bologna et Institut Luce-Cinecitta en collaboration avec LCJ Productions.
Distributeur : Malavida - LCJ Editions