Le Voyageur de la Toussaint

de Louis Daquin · France, Italie · 1943 · 1h43

À la veille de la Toussaint, Gilles Mauvoisin (Jean Desailly) revient à La Rochelle, dont est originaire sa famille. Il est le seul héritier de son oncle Octave, un riche homme d’affaires décédé quelques mois plus tôt. L’arrivée de Gilles suscite rapidement l’hostilité d’un groupe de notables.

Tournant le dos à l’esprit léger de Nous les gosses, Louis Daquin se frotte au genre policier avec Madame et le mort (1943), d’après Pierre Véry. Puis il choisit d’adapter Le Voyageur de la Toussaint, un roman de Georges Simenon qui vient juste de paraître. L’écrivain belge inspire, à cette époque, beaucoup les cinéastes, à l’instar d’Henri Decoin qui porte à l’écran Les Inconnus dans la maison (1942) et L’Homme de Londres (1943). Louis Daquin confie une nouvelle fois à Marcel Aymé le soin de dialoguer son film, qui met en scène la confrontation entre un jeune héros, honnête et droit, et un clan soudé par des intérêts communs, réuni sous l’appellation de « syndicat ». Le scénario, qui tend vers l’étude de mœurs, excelle à décrire l’hypocrisie d’une petite bourgeoisie provinciale, la candeur et l’intégrité de Gilles tranchant avec la bassesse de ceux qui l’entourent, mus par la cupidité et de sournois calculs.

La situation militaire en France rendant impossible le tournage à La Rochelle, les scènes de port ont été filmées à Sète, et l’atmosphère de la ville reconstruite en studio. La distribution rassemble acteurs chevronnés et nouveaux venus. La comédienne italienne Assia Noris incarne Colette, la veuve de l’oncle, soupçonnée de l’avoir empoisonné avec la complicité de son amant. Simone Valère et Serge Reggiani n’en sont qu’à leurs débuts, tandis que Jean Desailly, issu du Conservatoire et nouvellement admis à la Comédie française, trouve ici son premier rôle au cinéma. Louis Daquin se rappelle avoir failli passer à côté de son talent lors de son audition. Estimant qu’il n’avait pas le physique adéquat, il lui a expliqué pourquoi il ne le voyait pas dans la peau du personnage, avant d’être saisi par une révélation face à sa réaction : « Après avoir murmuré un timide au revoir, il traversa la pièce, de dos, gagna la porte et s’engagea dans le couloir sans même refermer cette porte… Quinze secondes s’écoulèrent, puis je bondis, rattrapai Jean Desailly dans le couloir et le ramenai dans mon bureau : “Demain vous me ferez un essai !” Je venais de voir mon Voyageur de la Toussaint ! Il avait suffi à Jean Desailly que je lui raconte le rôle pour que le grand acteur en puissance qu’il était trouve aussitôt l’ébauche de son comportement physique. » (Louis Daquin, Le Cinéma, notre métier, Éditions d’aujourd’hui, 1978)

Le Voyageur de la Toussaint
France, Italie, 1943, 1h43, noir et blanc, format 1.37

Réalisation Louis Daquin
Adaptation & dialogues Marcel Aymé, d’après le roman éponyme de Georges Simenon
Photo André Thomas
Musique Roger Desormière, Jean Wiener
Montage Suzanne de Troeye
Décors René Moulaert
Production Robert Chabert, Marcel Roux, Francinex, Consorzio EIA

Interprètes Jean Desailly (Gilles Mauvoisin), Assia Noris (Colette Mauvoisin), Jules Berry (Plantel), Gabrielle Dorziat (Géraldine Éloi), Guillaume de Sax (Babin), Alexandre Rignault (l’inspecteur Rinquet), Simone Valère (Alice Lepart), Louis Seigner (maître Hervineau), Serge Reggiani (Bob)

Sortie en France 8 avril 1943

Restauration 2K Gaumont, au laboratoire Éclair Cinéma, avec le soutien du CNC.
Distributeur : Gaumont