Les Diables

Ken Russell’s the Devils

de Ken Russell · Royaume-Uni · 1971 · 1h54, int -16ans

Au XVIIe siècle en France, la ville de Loudun a été préservée des guerres de religion. Le prêtre Urbain Grandier (Oliver Reed), connu pour sa lubricité, suscite la convoitise des femmes. Bien qu’elle ne l’ait jamais rencontré, la sœur Jeanne des Anges (Vanessa Redgrave) nourrit à son égard des fantasmes impurs qui la plongent régulièrement dans un état de démence. Tandis qu’il s’oppose au cardinal Richelieu (Christopher Logue), qui veut abattre les fortifications de la cité, Urbain Grandier va se retrouver au cœur de la tourmente, accusé de sorcellerie.

Pour son cinquième long métrage, Ken Russell s’attaque à l’affaire des possédées de Loudun. Un fait historique réel, dont l’auteur Aldous Huxley a tiré un livre, où il relate le procès intenté à Urbain Grandier, prêtre aux mœurs libertines, soupçonné d’avoir pactisé avec le Diable suite aux témoignages de nonnes qui affirment subir son emprise. Ces poursuites menées contre lui ont une forte dimension politique, car le régime de Louis XIII y voit la possibilité d’éliminer un adversaire. À l’issue du jugement, Urbain Grandier est torturé sur la place publique et brûlé vif le 18 août 1634.

Religion et pouvoir, sacré et profane, refoulement sexuel et inquisition : tous les ingrédients sont là pour nourrir une œuvre sulfureuse. À partir de cette matière explosive, Ken Russell signe un film bouillonnant, au style outrancier. Le cinéaste aligne les visions dantesques, peignant un monde cerné par la putréfaction, où les cadavres emportés par la peste sont jetés dans les fosses, tandis que les religieuses sont prises de folie collective, ne parvenant plus à contenir leurs pulsions érotiques. Oliver Reed campe avec magnétisme cet homme d’Église qui alimente tous les désirs, tandis que Vanessa Redgrave incarne une inoubliable sœur Jeanne des Anges, bossue et la tête penchée, consumée par la frustration charnelle.

Les Diables impressionne par sa mise en scène hallucinée ainsi que par ses décors, créés par Derek Jarman : la pureté géométrique du couvent, où dominent le blanc et le noir, contraste avec la frénésie de ses pensionnaires. Sélectionné à la Mostra de Venise, Les Diables provoque le scandale. Le Vatican s’insurge contre une œuvre qu’il estime blasphématoire. Warner, qui distribue le film, exige que soient coupées au montage les scènes les plus provocantes, dont celle où les nonnes déchaînées violent une statue du Christ. Plus de cinquante ans après sa sortie, Les Diables fait l’objet d’un véritable culte, à l’aura légendaire. 

Les Diables (Ken Russell's the Devils)
Royaume-Uni, 1971, 1h54, couleurs, format 2.35

Réalisation & scénario Ken Russell, d’après la pièce éponyme de John Whitling inspirée par l’ouvrage Les Diables de Loudun d’Aldous Huxley 
Photo David Watkin
Musique Peter Maxwell Davies
Montage Michael Bradsell
Décors Derek Jarman
Costumes Shirley Russell
Production Ken Russell, Robert H. Solo, Russo Productions

Interprètes Vanessa Redgrave (Sœur Jeanne), Oliver Reed (Urbain Grandier), Dudley Sutton (le baron De Laubardemont), Max Adrian (Ibert), Gemma Jones (Madeleine), Murray Melvin (Mignon) Michael Gothard (Père Barre), Georgina Hale (Philippe), Brian Murphy (Adam), Christopher Logue (le cardinal Richelieu), Graham Armitage (Louis XIII)

Sortie au Royaume-Uni 25 juillet 1971
Présentation à la Mostra de Venise 28 août 1971
Sortie en France 29 octobre 1971

Label Lumière Classics
Censurée pendant plus d’un demi-siècle, l’oeuvre mythique du cinéma britannique revient dans sa version définitive restaurée en 4K. 
Clockwork est le nouveau label de distribution et de production de Warner Bros. dédié aux films indépendants et au cinéma d’auteur. Restauration 4K Warner Bros.
Distributeur : Warner (Clockwork)