Les Frères Bouquinquant

de Louis Daquin · France · 1947 · 1h31

Julie (Madeleine Robinson) se présente à la police et s’accuse d’avoir poussé son mari dans la Seine. Elle se remémore les différents épisodes ayant mené à ce drame. Travaillant comme domestique à son arrivée à Paris, elle a épousé rapidement un marinier, Léon Bouquinquant (Albert Préjean), qui s’est révélé violent et alcoolique. Julie est alors tombée amoureuse de son beau-frère Pierre (Roger Pigaut) …

Membre du parti communiste depuis 1941, Louis Daquin est élu en septembre 1944 à la tête du Comité de Libération du cinéma français, puis fait partie des fondateurs de la Coopérative générale du cinéma français, qui produit en 1946 La Bataille du rail de René Clément. Il devient aussi secrétaire général du Syndicat des techniciens du film et participe à la contestation des accords Blum-Byrnes, qui prévoient notamment la fin du régime des quotas imposés au cinéma américain, faisant courir le risque d’une fragilisation de la diffusion des films français.

Dans la continuité de ses activités politiques, Louis Daquin souhaite traiter dans ses films de préoccupations sociales. Il choisit d’adapter le roman Les Frères Bouquinquant, signé en 1930 par Jean Prévost, écrivain qui sera par la suite engagé dans la Résistance et abattu par des soldats allemands. En transposant cet ouvrage avec l’appui de l’auteur Roger Vailland, Louis Daquin entend mettre en scène la vie de personnages issus de milieux populaires, qui affrontent un quotidien âpre et de lourds déterminismes. S’il conserve l’épaisseur psychologique du livre, il opte pour une narration différente, reposant sur une construction en flashbacks, les souvenirs de Julie et de son beau-frère se succédant pour reconstituer petit à petit le fil de l’histoire. Sous la trame classique d’un triangle amoureux menant à un fait divers, Louis Daquin interroge la frontière entre la morale religieuse et celle du cœur. Tandis que l’aumônier de la prison incite Julie à faire pénitence, le cinéaste préfère envisager pour elle un avenir possible avec son amant.

« Aucun des protagonistes, pas même et surtout l’héroïne, ne sont des caractères exceptionnels. Ce sont de petites gens à l’esprit assez simple sinon borné, que seuls l’amour, la peur de perdre leur bonheur, un entêtement simpliste mais tenace pousse à des situations exceptionnelles. La réussite de Daquin, c’est d’abord de nous y avoir fait croire jusqu’à nous les faire aimer. » (André Bazin, L’Écran français n°139, 24 février 1948)

Les Frères Bouquinquant
France, 1947, 1h31, noir et blanc, format 1.37

Réalisation Louis Daquin
Scénario André Cerf, Louis Daquin, Roger Vailland, d’après le roman éponyme de Jean Prévost
Photo Louis Page
Musique Jean Wiener
Montage Claude Nicole
Décors Paul Bertrand
Production André Cornu, Alexandre Kamenka, Société des Films Alkam

Interprètes Madeleine Robinson (Julie), Albert Préjean (Léon Bouquinquant), Roger Pigaut (Pierre Bouquinquant), Mona Dol (Mme Leclerc), Jean Vilar (le prêtre), Louis Seigner (le juge d’instruction) Paul Frankeur (le commissaire), Juliette Gréco (une religieuse)

Présentation à la Mostra de Venise 15 septembre 1947
Sortie en France 25 février 1948

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