Les Mystères d’une âme

Geheimnisse einer Seele

de Georg Wilhelm Pabst · Allemagne · 1926 · 1h22

Un homme (Werner Krauss) apprend le retour du cousin (Jack Trevor) de son épouse après un long séjour aux Indes. La nouvelle déclenche chez lui des rêves terribles, dont celui où il assassine sa femme (Ruth Weyher). Peu après, alors qu’il développe une phobie des couteaux, son rêve manque de devenir réalité. Terrifié par son propre geste, l’homme quitte précipitamment le domicile conjugal et consulte un psychanalyste (Pavel Pawlow).

Premier film mettant en scène la théorie freudienne de l’inconscient et du refoulé, Les Mystères d’une âme est ce que certains ont qualifié « d’habile mélange de film de fiction et de documentaire » (Kalbus, cité par Siegfried Kracauer, in De Caligari à Hitler, L’Âge d’homme, 1973). Afin de s’assurer de la justesse de son propos, le cinéaste G.W. Pabst, né en Autriche en 1885, s’octroie les conseils scientifiques des docteurs Karl Abraham et Hanns Sachs. Abraham, fidèle de Sigmund Freud, sollicitera l’avis de son mentor. En vain. Le fondateur de la psychanalyse aurait répondu que le projet ne lui plaisait guère et qu’il lui semblait impossible de présenter l’abstraction de leur sujet d’étude de façon plastique. 

Face à ses angoisses et phobies, terrifié à l’idée de tuer son épouse, le personnage principal des Mystères d'une âme (Werner Krauss qui incarna le Docteur Caligari en 1920) se lance dans une psychanalyse. Au fil de nombreuses séances ressurgissent des souvenirs qui permettent à l’analyste de rassembler les morceaux du puzzle et de décrypter les secrets enfouis au plus profond de l’âme de son patient…

Présenté comme un « film psychanalytique », Les Mystères d'une âme est un document intéressant pour ce que Freud a appelé la figurabilité, à savoir la possibilité de mettre en images muettes l’inconscient et la cure psychanalytique fondée sur la parole. Grâce à un montage d’avant-garde, à des effets spéciaux, l’œuvre figure rêves et angoisses, et les événements enfouis sont désormais montrés sur fond blanc, hors environnement originel, afin d’être mis en relation et analysés. Comme une plongée dans la psyché complexe du patient.

« Son dynamisme narratif, jeté en images éblouissantes selon une composition générale d'une fluidité remarquable, échappe à la prise verbale. Pabst se situe ici délibérément à l'avant-garde. Il jongle avec les ellipses, avec le montage dans le mouvement et il supprime les intertitres. Il commence par des vues strictement réalistes ponctuées de très gros plans qui, d'emblée, créent un climat frangé de cauchemar : un rasoir qu'on aiguise, un homme se rase; on voit une partie de son visage dans un miroir circulaire grossissant; puis le rasoir glisse et se retourne sur l'appareil de cuir destiné à en affranchir le fil: impossible aujourd'hui, devant ces images, de ne pas songer au Chien andalou [Luis Buñuel, 1929]. » (Freddy Buache, Premier plan n° 39 G.W. Pabst, novembre 1965)

Les Mystères d'une âme (Geheimnisse einer Seele)
Allemagne, 1926, 1h37, noir et blanc, format 1.33

Réalisation Georg Wilhelm Pabst
Scénario Colin Ross, Hans Neumann, avec les conseils scientifiques des docteurs Karl Abraham et Hanns Sachs
Photo Guido Seeber, Curt Oertel, Robert Lach
Montage Paul Falkenberg
Décors Ernö Metzner
Production Hans Neumann, Neumann-Film-Produktion

Interprètes Werner Krauss (l’homme), Ruth Weyher (la femme), Ilka Grüning (la mère), Jack Trevor (le cousin), Pavel Pawlow (le médecin)

Sortie en Allemagne mars 1926

Label Lumière Classics
Restauration 4K Friedrich-Wilhelm-Murnau-Stiftung au laboratoire CinePostproduction.
Ayant-droit : Friedrich-Wilhelm-Murnau-Stiftung