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Les Oiseaux, les orphelins et les fous

Vtáckovia, siroty a blázni

de Juraj Jakubisko · Tchécoslovaquie, France · 1969 · 1h21

Yorick (Jirí Sykora) et son ami photographe Andrej (Philippe Avron) s’installent dans une maison délabrée, où les oiseaux volent en liberté, au milieu d’un désordre innomable. Ils sont rejoints par Martha (Magda Vásáryová), une jeune femme aux cheveux courts. Tous les trois orphelins, ils tentent de fuir la noirceur de l’existence, adoptant le jeu et le chaos comme seules règles de conduite.

Une farandole d’enfants déguisés court devant une caméra virevoltante, tandis qu’une voix off nous ouvre les portes du film : « Laissez-moi, Juraj Jakubisko, réalisateur slovaque, vous parler de ceux qui veulent être vertueux, et combien il est nécessaire et vain de chercher du secours dans cette vie… Cette histoire a une fin tragique, mais riez si vous en avez envie, car nos héros en font tout autant. » Le ton est posé : Les Oiseaux, les orphelins et les fous est une œuvre baroque et carnavalesque, utilisant la fantaisie pour mieux recouvrir son désespoir. Le film a été tourné juste après l’invasion de la Tchécoslovaquie en août 1968 par les troupes du pacte de Varsovie, et il porte les stigmates de cette période dramatique. Yorick, Andrej et Martha semblent évoluer dans un monde en ruines. Tournant le dos à toutes les conventions, ils s’amusent en permanence, se travestissent, s’aiment, cherchant à inventer une nouvelle façon de vivre.

Juraj Jakubisko a été formé à la FAMU, célèbre école de cinéma de Prague, et s’est distingué dès ses deux premiers longs métrages, Les Années du Christ (1967) et Les Déserteurs et les nomades (1968). Dans Les Oiseaux, les orphelins et les fous, sa mise en scène se met au diapason de la feinte insouciance de ses trois personnages et s’autorise toutes les audaces, dans un kaléidoscope d’images et de sons au rythme grisant. Chaque séquence contient son lot de surprises, les comédiens rivalisent d’exubérance, tandis que les cadrages et les mouvements d’appareil stimulent en permanence le regard. Le film exploite à merveille son décor incroyable, cette bâtisse ouverte aux quatre vents, où des oiseaux peuvent s’extraire à tout moment d’une armoire branlante. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 1971, Les Oiseaux, les orphelins et les fous a recueilli les louanges de la presse.

« Tout le film est construit sur des contrastes violents. Rêve et réalité. Amour fou et déception. Bonheur et folie. Jakubisko a sans doute voulu dire que dans notre monde contemporain la seule issue de secours c’est la fuite perpétuelle. […] *L’invention dans le détail est stupéfiante. La maîtrise de la caméra prodigieuse. Cette fable d’une si noire mélancolie est traversée d’éclairs de joie et de scènes désopilantes. L’univers onirique de Jakubisko rejoint celui des grands visionnaires de Jérôme Bosch à Gustave Doré. *» (Jean-Loup Passek, Combat, 21 juin 1974)

Les Oiseaux, les orphelins et les fous (Vtáckovia, siroty a blázni)
Tchécoslovaquie, France, 1969, 1h21, couleurs, format 1.66

Réalisation Juraj Jakubisko
Scénario Juraj Jakubisko, Karol Sidon
Photo Igor Luther
Musique Zdenek Liska
Montage Maximilián Remen, Bob Wade
Décors Anton Krajcovic
Costumes Helena Anyzová, Milena Doskocová
Production Jan Svikruha, Jan Tomaskovic, Studio Hranych Filmov Bratislava, Como Films

Interprètes Philippe Avron (Andrej), Jirí Sykora (Yorick), Magda Vásáryová (Martha), Françoise Goldité (Sasa), Míla Beran (Domácí), Mikulás Ladizinsky (le partisan), Jana Stehnová (Jeptiska), Augustín Kubán (Námorník)

Sortie en Tchécoslovaquie 27 septembre 1969
Présentation au Festival de Cannes mai 1971
Sortie en France 19 juin 1974

Label Lumière Classics
DCP VOSTF en exclusivité pour le festival. 
Restauration 4K Slovak Film Institute sous la supervision de Michal Fricman et Peter Csordás
Ayant-droit : Slovak Film Institute