L’Ogre d’Athènes
O Drakos
de Nikos Koundouros · Grèce · 1956 · 1h43
Thomas (Dinos Iliopoulos), modeste employé de banque, mène une existence morne et se prépare à passer seul les fêtes du Nouvel An. Son monde bascule lorsqu’il découvre, à la une du journal, qu’il ressemble trait pour trait à un criminel recherché dans tout Athènes. Repéré par la police, il se retranche dans un cabaret. Loin de susciter la crainte, il est adoubé par une bande de malfaiteurs qui, croyant l’avoir démasqué, lui propose une affaire.
Froidement accueilli lors de sa présentation à la Mostra de Venise, L’Ogre d’Athènes a depuis vu sa cote être réévaluée, et il apparaît désormais comme l’un des fleurons du cinéma grec des années 50. Nikos Koundouros a étudié la peinture et la sculpture à l’École des Beaux-Arts, tout en fréquentant assidûment le ciné-club d’Athènes. Ville magique (1953), son premier film, s’inscrit dans le sillage du néoréalisme et retrace l’histoire d’un jeune chauffeur qui peine à s’extraire de la pauvreté. Sa mise en scène évolue avec L’Ogre d’Athènes, qui flirte avec le film noir, et dont certains effets se rapprochent de l’expressionnisme.
Le récit développe habilement un improbable quiproquo. Homme discret, à l’apparence effacée, Thomas se retrouve soudain aux yeux des autres dans la peau d’un dangereux bandit qui met la ville en émoi. D’abord effrayé par cette méprise, il va petit à petit se laisser prendre au jeu, réalisant qu’il attire enfin la curiosité, notamment chez la gent féminine. Dans le bar interlope où il s’est réfugié le soir du réveillon, il découvre une vie plus trépidante que la sienne. L’alcool lui monte à la tête et il est troublé par la sympathie que lui porte la belle Roula. Nikos Koundouros restitue à merveille l’ambiance joyeuse du cabaret, et le film comporte de belles scènes chantées et dansées, mettant en relief les airs de rébétiko composés par Manos Hadjidakis.
Si le scénario de L’Ogre d’Athènes peut rappeler celui de Toute la ville en parle de John Ford (1935), le style du cinéaste évoque plutôt les premiers films de Federico Fellini. Nikos Koundouros, régulièrement confronté à la censure, mènera par la suite une brillante carrière jusqu’à sa mort en 2017.
« L’Ogre d’Athènes est un film plein de trouvailles, un film riche et touffu, fait d’une quantité de détails qui se succèdent et s’enchevêtrent dans un rythme ahurissant. La frénésie du mouvement trouve dans la brutalité du découpage un surcroît d’intensité. Autodidacte du cinéma, Koundouros invente son style, avec cette superbe maladresse qu’il faudrait plutôt appeler d’un autre nom moins péjoratif. » (Gilbert Salachas, Cinéma 57 n°16, mars 1957)
L’Ogre d’Athènes (O Drakos)
Grèce, 1956, 1h43, noir et blanc, format 1.37
Réalisation Nikos Koundouros
Scénario Iakovos Kambanellis
Photo Kostas Theodoridis
Musique Manos Hadjidakis
Montage Nikos Koundouros
Décors Panos Papadopoulos, Tassos Zografos
Costumes Deni Vachlioti
Production Athens Film Company
Interprètes Dinos Iliopoulos (Thomas), Margarita Papageorgiou (Roula), Yannis Argyris (Hondros), Thanasis Vengos (Spathis), Theodoros Andriakopoulos (le maître de cérémonie), Marika Lekaki (Carmen), Frixos Nassou (l’archéologue)
Sortie en Grèce 5 mars 1956
Présentation à la Mostra de Venise 29 août 1956
Distributeur : Tamasa
Ressortie prochainement en salles