Metropolis

de Fritz Lang · Allemagne · 1927 · 2h29 – 1re partie 1h35, 2e partie 54min

2026. Metropolis est une fantastique mégalopole, où les ouvriers forment une caste d’esclaves relégués dans une ville souterraine, travaillant à assurer le bonheur d’une élite privilégiée vivant dans une oisiveté paradisiaque. Freder (Gustav Fröhlich), fils du maître de la ville (Alfred Abel), tombe amoureux de Maria (Brigitte Helm), jeune habitante des catacombes… 

Metropolis, fresque gigantesque et visionnaire, représente l’aboutissement du mouvement expressionniste allemand, mais aussi un des sommets du cinéma muet. Construisant sa propre biographie, Fritz Lang disait que c’est lors d’un voyage aux États-Unis en compagnie d’Erich Pommer que naquit le projet du film. On sait depuis que celui-ci était déjà en cours de développement pour le cinéaste. Pour autant, c’est avec les images de ce nouveau monde en tête que Lang, impressionné par l’architecture des grandes villes américaines, installa ici le pessimisme du Cabinet du docteur Caligari dans un autre cauchemar, celui de la vie moderne, de l'espace architectural et de l’ordre social.

Disposant d’un énorme budget (presque la totalité des moyens de la UFA), de centaines de techniciens et de plusieurs dizaines de milliers de figurants, Fritz Lang crée, par sa magistrale habileté et son sens des foules, un monde terrifiant, inspiré de la littérature de science-fiction. Par son gigantisme (plus de trois cents jours de tournage), ses décors pharaoniques et ultra modernes, Metropolis, un des films les plus chers de l’histoire, manque de provoquer la faillite du studio UFA.

En 1928, Fritz Lang écrivait : « Ce que je veux : créer un art, peut-être un nouvel art, à l’aide de l’image animée, à l’aide de ses potentialités techniques pratiquement illimitées, découvrir de nouvelles possibilités artistiques et d’une façon générale, représenter artistiquement dans mes films les grands problèmes de l’humanité. » (Filmkünster. Wir über uns Selbst, sous la dir. d’Hermann Treuner, Sibyllen-Verlag) Metropolis est ainsi un puissant drame social sur l’avenir du monde, l’injustice et la manipulation des élites, une œuvre à la violence sous-jacente. On retrouve, dans ce film qui en annonce la fin, tous les thèmes de l’expressionnisme allemand : omniprésence de la mort, absence de la nature, thème du double, de la folie, de la fascination mutuelle.

À sa sortie, Metropolis fut mal reçu par le public et la critique. Il est rapidement décidé d’amputer le film, mais la version courte ne trouve toujours pas son public. De nombreuses versions ont circulé pendant des décennies, au point de penser la version originelle à jamais perdue. Mais, miracle, c’est en Argentine en 2008 qu’un exemplaire unique d’une copie de secours de la version longue est enfin découvert. Grâce au travail de restauration mené par la fondation Friedrich-Wilhelm-Murnau et plusieurs institutions partenaires, Metropolis reprend sa forme quasi initiale.

2026-2026. La ville imaginée par Fritz Lang et Thea von Harbou est désormais notre contemporaine. Pour célébrer cet instant historique et le centenaire du film, l’Europäische FilmPhilharmonie a invité le compositeur Don Davis, auteur de la musique de la trilogie Matrix de Lana et Lilly Wachowski, à écrire une nouvelle partition pour Metropolis. Une rencontre inédite entre deux monuments de la science-fiction.

Metropolis
Allemagne, 1927, 2h29, noir et blanc, format 1.37

Réalisation Fritz Lang
Scénario Thea von Harbou, Fritz Lang, d’après une histoire de Thea von Harbou 
Photo Karl Freund, Günther Rittau
Montage Fritz Lang
Décors Otto Hunte, Erich Kettelhut, Karl Vollbrecht
Costumes Aenne Willkomm
Coopération technique Walter Schulze-Mittendorff (formes plastiques et machine à forme humaine), Eugen Schüfftan (effets combinés), Günther Rittau (trucages photos), Erich Kettelhut (trucages peinture)
Production Erich Pommer, UFA

Interprètes Alfred Abel (Joh Fredersen), Gustav Fröhlich (Freder Fredersen, son fils), Brigitte Helm (Maria/la machine), Rudolf Klein-Rogge (Rotwang, l'inventeur), Fritz Rasp (l’homme mince), Theodor Loos (Josaphat), Erwin Biswanger (Georgy, n° 11811), Heinrich George (Groth, le gardien de la machine centrale)

Sortie en Allemagne 10 janvier 1927 (avant-première) 
Sortie en France octobre 1927

Restauration Friedrich-Wilhelm Murnau Stiftung en collaboration avec la Deutsche Kinematek au laboratoire Alpha-Omega Digital.
Financement par le Commissaire fédéral allemand à la culture et aux médias et la fondation DEFA.
Ayant-droit : Friedrich-Wilhelm-Murnau-Stiftung.