Nous nous sommes tant aimés

C’eravamo tanto amati

de Ettore Scola · Italie · 1974 · 2h04

Frères d’armes, Antonio (Nino Manfredi), Gianni (Vittorio Gassman) et Nicola (Stefano Satta Flores) ont célébré ensemble la chute du nazisme. La paix revenue, leurs chemins se sont séparés. Nicola a tout abandonné pour suivre ses ambitions cinéphiles et militantes, Gianni est devenu un bourgeois amer et Antonio, fidèle à ses idées politiques, ne parvient pas à progresser socialement. Trente années passent, au fil des rencontres et des hasards.

Ettore Scola démarre sa vie professionnelle en tant que dessinateur de presse pour l’hebdomadaire Marc’Aurelio, où il montre déjà son talent pour la satire, croquant en traits savoureux l’actualité. Il travaille ensuite pour la radio, puis devient rapidement un scénariste très sollicité, collaborant avec Antonio Pietrangeli, Mauro Bolognini ou encore Dino Risi. Il passe à la mise en scène en 1964 avec Parlons femmes, un film à sketchs où rayonne Vittorio Gassman.

Drame de la jalousie, son septième long métrage, lui permet d’acquérir une notoriété internationale. En compagnie du mythique tandem formé par les scénaristes Age & Scarpelli, Ettore Scola signe une tragi-comédie pleine de rebondissements, brodant autour du thème classique du triangle amoureux pour composer une farce truculente. Le récit ne joue pas sur le suspense puisque le film s’ouvre par une reconstitution policière : Oreste a tué Adelaide avec un sécateur. Sur la scène de crime, il entreprend de raconter au spectateur les circonstances qui ont conduit à ce jour funeste. L’intrigue brouille habilement la chronologie et mêle les points de vue.

Ettore Scola choisit des personnages issus d’un milieu populaire et décrit sans fard leur condition. La nuit, Oreste fixe des yeux les murs suintants et décrépits de son domicile, tandis que Rome est filmée comme une ville en decomposition, un chantier permanent envahi par les détritus. Derrière la dimension vaudevillesque du film pointe une réelle noirceur. Ettore Scola suggère combien les conventions bourgeoises pèsent aussi sur les classes prolétaires, dont les rêves sont forgés par l’idéologie dominante.

Ménage à trois, disputes homériques, tentatives de suicide : le cineaste pousse toutes les situations à l’excès, dans un geste ravageur. Trouvant le bon dosage entre gravité et burlesque, le film suscite l’enthousiasme lors de sa presentation au Festival de Cannes, où Marcello Mastroianni remporte le prix d’interprétation masculine.

« En s’inspirant de ces personnages impulsifs qui peuplent les faits divers, Scola a renouvelé le genre par une narration originale : les témoins évoquent les faits et viennent se mêler au passé revécu. Tout cela dialogué et filmé avec le plus grand naturel. Rien n’est épargné dans cette chronique amère et bouffonne : un chariot d’hôpital conduit Adelaide vers la morgue en un gag ultime et terrible. » (Michel Ciment, Positif n°148, été 1970)

Nous nous sommes tant aimés (C'eravamo tanto amati)
Italie, 1974, 2h04, couleurs, format 1.85

Réalisation Ettore Scola
Scénario Age & Scarpelli, Ettore Scola
Photo Claudio Cirillo
Musique Armando Trovajoli
Montage Raimondo Crociani
Décors & costumes Luciano Ricceri
Production Pio Angeletti, Adriano De Micheli, Deantir Cinematografica, Delta Film, Dean Film

Interprètes Nino Manfredi (Antonio), Vittorio Gassman (Gianni Perego), Stefano Satta Flores (Nicola Palumbo), Stefania Sandrelli (Luciana Zanon), Giovanna Ralli (Elide Catenacci), Aldo Fabrizi (Romolo Catenacci), Marcella Michelangeli (Gabriella), Federico Fellini (dans son propre rôle), Marcello Mastroianni (dans son propre rôle), Vittorio De Sica (dans son propre rôle)

Sortie en Italie 21 décembre 1974
Sortie en France 5 mai 1976

Restauration 4K Studiocanal et la Cineteca Nazionale au laboratoire L’Immagine Ritrovata.
Distributeur : Tamasa