Pain amer

Pikro psomi

de Grigoris Grigoriou · Grèce · 1951 · 1h26

La famille Lyberis vit dans la pauvreté. Tandis que le père (Michalis Nikolopoulos), maçon, travaille dans des conditions difficiles, la mère (Eleni Zafeiriou) veille sur ses trois fils. Antonis (Alkis Papas), l’aîné, a perdu ses deux bras dans l’explosion d’une grenade allemande. Giangos (Stratis Floros), le cadet, ne trouve pas d’emploi. Tous les espoirs reposent sur le benjamin, Fotakis (Alekos Kouris), doué pour les études. Connaîtra-t-il un meilleur sort ?

À l’orée des années 50, le cinéma grec sort d’une longue période de crise. À l’avènement du parlant, les studios peinent à s’équiper techniquement et l’industrie nationale traverse de grandes difficultés financières. Le nombre de films tournés se réduit, et leur audience reste limitée, souffrant de la concurrence étrangère. La production va ensuite connaître un fort ralentissement dû aux circonstances politiques : la dictature mise en place à partir de 1936 par le général Metaxás, l’occupation allemande de 1941 à 1944, puis la guerre civile secouant le pays jusqu’en 1949, freinent tout essor artistique. La censure impose un contrôle idéologique et l’absence de moyens paralyse l’activité.

Avec la stabilité retrouvée, un renouveau s’amorce pour le cinéma grec. Comédies et mélodrames ramènent le public dans les salles, tandis que de jeunes réalisateurs font leurs débuts. Fils d’un avocat, Grigoris Grigoriou abandonne ses études de droit pour fréquenter l’École d’art dramatique d’Athènes. Il se lance dans la mise en scène avec Le Rocher rouge (1949), film historique tourné sur l’île de Zante, puis Tempête au phare (1950). Son troisième long métrage, Pain amer, inaugure une nouvelle voie dans le cinéma grec, en s’inspirant directement du néoréalisme italien. Grigoris Grigoriou filme, en décors naturels, l’histoire d’une famille luttant contre le déterminisme social. Les personnages sont joués par des acteurs non-professionnels, à l’exception d’Eleni Zafeiriou, comedienne de théâtre qui incarne la mère et tournera par la suite dans plus de cent films.

« Traitant la réalité grecque contemporaine, Grigoriou sent qu’il faut éviter tout embellissement, s’abstenir de la note comique et surtout ne pas faire de concessions en vue d’un succès commercial. […] Les difficultés rencontrées pendant le tournage (la mort du jeune protagoniste Stratis Floros avant la fin des prises de vues), le manque de familiarité des cameramen de l’époque avec le style néoréaliste ainsi que la sonorisation défectueuse, étaient des lourds handicaps pour le film, mais des handicaps largement compensés par la vérité et la sobriété de l’expression. » (Aglaé Mitropoulos, Découverte du cinéma grec, Seghers, 1968)

Pain amer (Pikro psomi)
Grèce, 1951, 1h26, noir et blanc, format 1.37

Réalisation Grigoris Grigoriou
Scénario Grigoris Grigoriou, Inda Christinaki
Photo Paul Faratzian, Joseph Hepp, Manolis Tzanetis
Musique Argyris Kounadis
Montage Grigoris Grigoriou, Emilios Provenlengios
Décors Michalis Kendakas
Production Panagiotis Dadiras, Olympia Film

Interprètes Eleni Zafeiriou (Mme Lyberis), Inda Christinaki (Louiza), Michalis Nikolopoulos (Thanasis Lyberis), Alkis Papas (Antonis Lyberis), Stratis Floros (Giangos Lyberis), Nikos Pantelidis (Arhontas), Alekos Kouris (Fotakis Lyberis)

Sortie en Grèce 17 décembre 1951

Label Lumière Classics
DCP VOSTF en exclisivité pour le festival
Restauration au laboratoire L’Immagine Ritrovata dans le cadre du « National Recovery and Resilience plan "Greece 2.0" ».
Ayant-droit : Greek Film Archive