Poison
de Todd Haynes · États-Unis · 1991 · 1h25, int -16ans
Héros. Le 3 juin 1985, le jeune Ritchie Beacon tue son père, se défénestre et s’envole miraculeusement dans les airs. Horreur. Dans les années 50, le docteur Graves (Larry Maxwell) est parvenu à isoler l’hormone qui contrôle les pulsions sexuelles. Absorbant par mégarde un concentré de celle-ci, il se transforme. Homo. Adolescent, John Broom (Scott Renderer) est envoyé en maison de correction par sa famille adoptive. Quinze ans plus tard, au sein de la prison de Fontenal, il retrouve Jack Bolton (James Lyons), son ancien souffre-douleur.
Né en 1961 en Californie, Todd Haynes se passionne dès l’enfance pour la création artistique. Il dessine en permanence, remplissant cahiers sur cahiers de figures féminines, parfois héroïnes de contes de fées, parfois actrices de cinéma. Sa première expérience de cinéma, il la vit à 3 ans devant Mary Poppins de Robert Stevenson. Un film qui devient une obsession pour cet enfant qui redessine le personnage à l’infini et met en scène les femmes de sa famille habillées comme la célèbre nounou, dans des saynètes sur fond de bande originale. Le jeune garçon suit des cours d’arts plastiques et découvre – entre autres grâce à ses grands-parents (lui ancien de la Warner, elle musicienne) – un paysage culturel foisonnant. Encore lycéen, il réalise en 1978 son premier court métrage, Suicide.
Devenu étudiant en sémiotique et théorie du cinéma à la Brown University sur la côte Est, il s’intéresse aux théories féministes, interroge la représentation des femmes dans l’art, les questions de genre dans les modèles représentés. Il explore le cinéma expérimental mais aussi les grandes figures hollywoodiennes comme Douglas Sirk. Il consacrera son film de fin d’études, Assassins: A Film Concerning Rimbaud, au poète français et au mythe développé autour de sa figure radicale. Diplômé, il s’envisage comme artiste expérimental et universitaire à New York. Tout en créant la maison de production indépendante Apparatus en compagnie de Christine Vachon et Barry Ellsworth, il réalise en 1987 Superstar: The Karen Carpenter Story, moyen métrage consacré à la vie de la chanteuse des Carpenters, décédée d’anorexie, une histoire racontée grâce à des Barbie et autres poupées mannequins étranges.
« J’avais fait Superstar dans l’idée qu’il serait apprécié, au mieux, par un petit public d’amateurs de cinéma expérimental. Mais Superstar a reçu un accueil bien plus large, ce qui m’a convaincu que le public était mûr pour des récits sophistiqués d’un point de vue formel et stylistique, qu’il pouvait sauter d’un genre à l’autre. J’étais impressionné par cette souplesse du rapport à la narration que j’avais sous-estimée et que j’ai eu envie d’explorer d’avantage. » (Todd Haynes, in Chimères américaines, Amélie Galli & Judith Revault d’Allonnes, De l’incidence éditeur, 2023) Alors que le SIDA propage une peur panique au sein de la communauté gay, stigmatise et décime des populations, Todd Haynes envisage son art comme acte de résistance et se lance dans Poison, film aux contours complexes, mêlant trois histoires, toutes inspirées de l’œuvre de Jean Genet, artiste « saisissant et intrépide » (op. cit.). La narration fragmentée, les genres distincts (documentaire, mélodrame fifties, film carcéral), font de Poison une œuvre étrange, centrée sur l’idée de la déviance vis-à-vis de la majorité. Elle questionne également la participation à un système oppresseur. Un sillon que n’aura désormais de cesse de creuser Todd Haynes. « [Il] traite, dans tous ses films, de la violence qu’exercent les principales institutions de la société en produisant une série de contraintes que tous doivent satisfaire. Le refus d’obtempérer conduit à une condamnation qui prend des allures de marginalisation, d’exclusion ou tout simplement de mort. » (Olivier Ducharme, Todd Haynes : Cinéaste queer, Varia, 2016)
Le film sera récompensé au Festival de Sundance, ce qui ne manquera pas de provoquer l’ire des ligues puritaines américaines. Une polémique inappropriée sur son financement finira de servir ce premier long métrage en lui donnant une aura inespérée.
Poison
États-Unis, 1991, 1h25, noir et blanc / couleurs, format 1.66
Réalisation & scénario Todd Haynes, librement inspiré de Notre-Dame-des-Fleurs, Miracle de la rose, Pompes funèbres et Journal du voleur de Jean Genet
Photo Maryse Alberti
Musique James Bennett
Montage James Lyons, Todd Haynes
Décors Sarah Stollman
Costumes Jessica Haston
Production Christine Vachon, Bronze Eye Productions
Interprètes Edith Meeks (Felicia Beacon, Hero), Millie White (Millie Sklar, Hero), Buck Smith (Gregory Lazar, Hero), Anne Giotta (Evelyn McAlpert, Hero), Lydia Lafleur (Sylvia Manning, Hero), Ian Nemser (Sean White, Hero), Larry Maxwell (le Dr. Graves, Horror), Susan Norman (Nancy Olsen, Horror), Al Quagliata (le shérif-adjoint Hansen, Horror), Scott Renderer (John Broom, Homo), James Lyons (Jack Bolton, Homo), John R. Lombardi (Rass, Homo)
Présentation au Festival de Sundance janvier 1991
Sortie aux États-Unis (New York) 5 avril 1991
Sortie en France novembre 1991
Restauration 4K 2026 Studio TF1 au laboratoire Eclair Classics – L’Image Retrouvée, avec le soutien de Chanel et validée par Todd Haynes.
Ayant-droit : Studio TF1
Distributeur : Les Acacias
Ressortie le 21 octobre
Sortie en 4K et Blu-ray le 23 octobre par BubbelPop'