Pousse-pousse

de Daniel Kamwa · Cameroun · 1976 · 1h49

Pousse-pousse (Daniel Kamwa) doit son surnom à son activité. Jeune conducteur de triporteur, il désire épouser Rose (Marthe Ndone Ewane) mais se confronte au père de sa fiancée, Papa Besséké (Marcel Mvondo), qui exige une dot démesurée. À mesure qu’approche le mariage, ses demandes se font de plus en plus excessives.

Daniel Kamwa est né au Cameroun en 1943. Il quitte son pays très jeune pour s’installer à Paris. Durant les années 60, en parallèle de ses études de sciences économiques, il se forme à l’art dramatique au cours Simon, où il a pour marraine Michèle Morgan. Il travaille ensuite avec Peter Brook au sein du Centre international de recherche théâtrale. Attiré par le cinéma, il passe à la mise en scène en 1972 avec un court métrage, Boubou cravate, inspiré d’une nouvelle de son compatriote Francis Bebey. Il y sonde le thème de l’aliénation culturelle, à travers l’histoire d’un jeune diplomate africain, qui se voit reprocher par son domestique de se comporter tel un européen et d’avoir totalement perdu son identité. Dès ce coup d’essai, Daniel Kamwa témoigne de sa volonté de mêler comédie et réflexion sur des problèmes de société.

Revenu au Cameroun, Daniel Kamwa réalise Pousse-pousse, où il tient le rôle principal. Tourné en langue française, dans les rues de Douala, le film est interprété par des comédiens recrutés dans les différentes communautés du pays. Mené sur un rythme vif, Pousse-pousse dénonce la pratique abusive de la dot, une tradition dont le sens a été détourné. Jadis perçue comme un geste symbolique, elle devient l’objet de tractations guidées par l’appât du gain. Pour faire passer son message, Daniel Kamwa a choisi une veine légère et pleine d’humour, et le film a connu un grand succès au Cameroun. Le cinéaste s’explique ainsi sur sa démarche : « La dot est une coutume ancestrale, qui avait une fonction sociale (aider le couple en constituant une somme qui pouvait lui être utile en cas de besoin). Cette fonction est aujourd’hui dévoyée et c’est ce dévoiement que j’attaque dans Pousse-pousse*. Sans doute aurait-on pu aller plus loin, mais j’ai tenté de trouver une forme d’expression qui, tout en faisant rire le public, l’amène à se poser des questions sur des choses très sérieuses. Je crois à la comédie comme moyen de dire des vérités et de corriger les mœurs. Sur ce plan, la comédie à l’italienne nous montre un exemple intéressant. Je n’ai pas cherché à faire du populisme et je ne pense pas être tombé dans ce travers. Je n’ai pas voulu plaire à tout prix, mais susciter une prise de conscience par le biais de la comédie.* » (in Cinéastes d’Afrique noire, Guy Hennebelle et Catherine Ruelle, Jeune Cinéma / CinémAction, 1978)

Pousse-pousse
Cameroun, 1976, 1h49, couleurs, format 1.66

Réalisation & scénario Daniel Kamwa
Photo Patrick Blossier, Henri Czap
Musique André-Marie Tala
Montage Jean-Pierre Guntz, Bernard Lefèvre
Production DK7 Communications

Interprètes Daniel Kamwa (Pousse-pousse), Marthe Ndone Ewane (Rose, la fiancée), Marcel Mvondo (Papa Besséké, le beau-père), Madeleine Happy (Hélène, la sœur de Pousse-pousse), Paulinette Mpacko (Mamie Frida, la belle-mère), Édouard Tchaptchet (Papa Koffi, le père de Pousse-pousse), Marie Monthé (Mamie Susanna, la mère de Pousse-pousse), Bibi Kouo (Awa)

Sortie en France 28 avril 1976

Label Lumière Classics
Restauration 2026 Cinémathèque Afrique de l’Institut français grâce au concours de Daniel Kamwa par le laboratoire l’Image Retrouvée.
Ayant-droit : Cinémathèque Afrique de l’Institut français