Rollerball
de Norman Jewison · États-Unis · 1975 · 2h05, int -12ans
2018. Après de nombreux conflits et la faillite des nations, le monde est désormais organisé en six départements principaux – énergie, alimentation, luxe, logement, communications et transports – dirigés par des cadres spécialisés. Les décisions sont désormais prises pour tous les citoyens. Pour distraire ces derniers, de nombreux programmes sont diffusés en multivision, et le plus populaire de tous est définitivement le rollerball. Il est un jeu brutal, palliatif à tout comportement violent désormais prohibé et Jonathan E. (James Caan) en est le grand champion.
Film d’anticipation sociale, Rollerball n’a pas laissé le public indifférent, que ce soit à sa sortie en 1975, ou en 2002, lorsque John McTiernan en réalise le remake. Norman Jewison, adaptant une nouvelle de William Harrison, plonge son spectateur dans une dystopie qui mêle violence sourde et invisible, et violence criante et sanglante.
Dans cette société collectiviste – dictature qui ne dit pas son nom –, l’homme n’a plus besoin de réfléchir. Tout est pensé pour lui par des technocrates à la tête de consortiums nébuleux. Tous les besoins sont comblés. Que reste-t-il alors pour combler l’ennui ? Que reste-t-il des bas instincts ? Il reste le rollerball, mélange de hockey, roller derby, moto, boxe, football américain… un divertissement primaire où tous les coups sont permis. Les tournois apparaissent ainsi comme des jeux du cirque : la violence n’est plus un levier d’action pour parvenir à un but donné, mais une distraction pour les masses.
Norman Jewison filme la progressive insoumission d’un champion. Dans cette société où l’individualité est vaine – l’organisation pense pour vous –, la popularité de Jonathan est une menace forte, elle déborde du cadre. Pour se débarrasser de ce champion qui ne veut pas raccrocher les gants cloutés, les règles du jeu vont drastiquement changer.
« Le titre est une trouvaille géniale : Rollerball*, c’est comme rock’n’roll, ça ne vieillira jamais.* […] Il n'empêche qu'il demeure inquiétant, le spectacle de ce monde du futur où l'individu a disparu, son identité dissoute dans la masse, le troupeau. Un monde dont le reflet parfait est ce Rollerball, sport favori des foules : un duel entre deux équipes, essaim de patineurs en cuir et gants cloutés, face au public en délire. De ces matchs percutants émerge un joueur, Jonathan E. Pas de nom, mais un sacré talent de “rollerballeur” : en allant jusqu'au bout de la folie sanglante du jeu, il va devenir quelqu'un et faire la preuve triomphale que l'individu existe. Happy end ? La victoire est un peu amère, et dans Rollerball*, ce n'est pas cette touche d'espoir finale qu'on retient, mais le prix à payer pour y arriver : un carnage*. » (Frédéric Strauss, Télérama, 3 mai 2000)
Rollerball
États-Unis, 1975, 2h05, couleurs, format 1.75
Réalisation Norman Jewison
Scénario William Harrison, d’après sa nouvelle Rollerball Murders publiée dans Esquire
Photo Douglas Slocombe
Musique André Previn
Montage Antony Gibbs
Décors John Box
Costumes Julie Harris
Production Norman Jewison, Algonquin Films Ltd.
Interprètes James Caan (Jonathan E.), John Houseman (Bartholomew), Maud Adams (Ella), John Beck (Moonpie), Moses Gunn (Cletus), Pamela Hensley (Mackie), Barbara Trentham (Daphne), John Normington (un cadre), Shane Rimmer (Rusty, le chef de l’équipe), Burt Kwouk (le médecin)
Sortie aux États-Unis juillet 1975
Sortie en France 12 novembre 1975
Distributeur : Park Circus