Safe

de Todd Haynes · Royaume-Uni, États-Unis · 1995 · 1h59

Carol White (Julianne Moore), femme au foyer aisée, se complait dans la passivité de son existence routinière, et partage son temps libre entre les séances d’aérobic, les déjeuners et les achats pour sa maison. Son univers confortable s’effondre lorsqu’elle développe des symptômes physiques étranges : urticaire, problèmes respiratoires…

Au début des années 90, les médias américains font état de ce qu’ils appellent "maladie du XXe siècle", une allergie à toutes sortes de toxines chimiques, présentes dans les détergents, les teintures textiles, les gaz d’échappement… Un mal silencieux et un coup d’arrêt dans la vie sans remous des femmes de l’American way of life. Todd Haynes est fasciné : «* J'ai trouvé tout cela intrinsèquement passionnant. Cela soulevait des questions relatives à l'hystérie, à la subjectivité féminine, aux corps et à la relation qu'entretient notre culture avec la maladie. Toute cette histoire de banlieues résidentielles et de produits chimiques était très étrange et fascinante, de même que la solution proposée d'isoler davantage ces femmes – dont les vies étaient déjà limitées et circonscrites –, et, bien sûr, ce soupçon latent : et si tout était dans leur tête ? Tout était imprégné de ce préjugé si familier, suggérant qu'elles étaient coupables de leurs propres symptômes et de leurs souffrances, voire en demande.* » (in Chimères américaines, Amélie Galli & Judith Revault d’Allonnes, De l’incidence éditeur, 2023)

Le cinéaste filme l’étrange, la dépression, l’isolement à travers l’incarnation habitée de Julianne Moore (ici au début de sa fructueuse collaboration avec Todd Haynes), qui prête son teint diaphane à ce personnage dévoré physiquement par son intérieur domestique, et en creux, par le vide de son existence. Dans des plans larges à la composition géométrique, la comédienne apparait noyée dans son environnement devenu hostile. L’angoisse est de tous les plans, insidieuse, et le spectateur assiste à la lente décomposition de Carol.

Que fait cette société dite moderne de celles et ceux qu’elle rend malades ? Elle les écarte, soit dans une bulle aseptisée, retirée dans un milieu parfois hostile, soit dans une communauté les persuadant que la guérison ne peut venir que d’eux-mêmes. Aucune solution inclusive ne semble pouvoir émerger. « Métaphore du SIDA, lecture admise par Haynes lui-même, cette stigmatisation de l’exclusion s’amplifie par la nature même de l’allergie, universelle. Le titre dévoile toute son ironie. […] Parabole désespérée, traitée comme un thriller, aux accents parfois mélancoliques ou fantastiques, Safe se distingue par son exigence esthétique. » (Pierre Berthomieu, Positif n°424, juin 1996)

Safe
Royaume-Uni, États-Unis, 1995, 1h59, couleurs, format 1.85

Réalisation & scénario Todd Haynes
Photo Alex Nepomniaschy
Musique Ed Tomney ; Madonna, George Benson, Belinda Carlisle…
Montage James Lyons
Décors David Bomba
Costumes Nancy Steiner
Production Christine Vachon, Lauren Zalaznick, Chemical Films, Good Machine, Kardana Productions, Channel Four Films, Arnold Semler

Interprètes Julianne Moore (Carol), Peter Friedman (Peter Dunning), Xander Berkeley (Greg), Susan Norman (Linda), Kate McGregor-Stewart (Claire), Mary Carver (Neil), Steven Gilborn (le docteur Hubbard)

Présentation au Festival de Sundance 25 janvier 1995
Présentation à la Quinzaine des réalisateurs 23 mai 1995
Sortie aux États-Unis 30 juin 1995
Sortie en France 17 avril 1996

Restauration 4K Sony Pictures Entertainment supervisée par Todd Haynes, avec le soutien de Chanel.
Ayant-droit : Studio TF1
Distributeur : Les Acacias
Ressortie le 21 octobre
Sortie en 4K et Blu-ray le 23 octobre par BubbelPop'