Shanghai Blues

Shanghai zhi yè

de Tsui Hark · Hong Kong · 1984 · 1h43

En 1937, lors d’un bombardement de l’armée japonaise, Tung Kwok-man (Kenny Bee) se réfugie avec Shu-shu (Sylvia Chang) sous un pont de Shanghaï. Attirés l’un par l’autre, ils se quittent en se promettant de se revoir au même endroit après la guerre. Huit ans plus tard, Tung Kwok-man revient en ville et se met en quête de la jeune femme.

Tsui Hark voit le jour en 1951 au Viet Nam, de parents chinois. Il émigre avec sa famille à Hong Kong durant son adolescence. Découvrant très jeune le plaisir de filmer avec une caméra Super 8, il se rend aux États-Unis pour étudier le cinéma à l’Université d’Austin. De retour à Hong Kong en 1977, il se fait engager par la chaîne de télévision TVB et réalise de nombreux épisodes de séries. Il signe en 1979 son premier long métrage, The Butterfly Murders, qui revisite le film de sabre avec une noirceur inhabituelle et une touche de fantastique. Malgré son inventivité, ce film essuie un échec commercial, tout comme ses deux œuvres suivantes, Histoire de cannibales (1980) et L’Enfer des armes (1980), qui constituent le prolongement de ce qu’il nommera « la trilogie du chaos ».

Son cinquième film, Zu, les guerriers de la montagne (1983) marque un tournant dans sa carrière. L’ambition de cette fresque mythologique lui vaut une solide réputation. En 1984, pour acquérir son indépendance, Tsui Hark fonde avec son épouse Shi Nan-sun la société de production Film Workshop, avec l’intention de soutenir aussi d’autres réalisateurs et de leur garantir une liberté de création. Premier film de cette nouvelle ère, Shanghai Blues est une fantaisie menée à un rythme effréné. Virevoltant, le scénario joue du chassé-croisé entre deux amoureux, qui cherchent à se retrouver en ignorant qu’ils sont voisins. Le film multiplie les ruptures de ton, tantôt flirtant avec le mélodrame, tantôt rendant hommage aux screwball comedies. S’il n’omet pas d’évoquer la misère qui sévit dans la Chine d’après-guerre, Tsui Hark privilégie un traitement léger, faisant la part belle aux quiproquos et aux situations cocasses.

« Personnages en clowns tristes puis gais, qui se croisent, se heurtent, se perdent de vue, se retrouvent sans se reconnaître, s’aiment à l’envers à l’endroit, technicolor flamboyant à la Selznick, chronique soucieuse des petites gens d’un Shanghai sous les bombes japonaises puis en pleine reconstruction, Shanghai Blues est une comédie humaine qui porte un amour immodéré à ses personnages de cabaret, à ses actrices (Sylvia Chang et Sally Yeh sont époustouflantes) et à un pays dont on vient d’apprendre, à l’heure du tournage, qu’il serait réunifié treize ans plus tard. » (Jérôme Fabre, Jeune cinéma n°303-304, été 2006)

Shanghai Blues (Shanghai zhi yè)
Hong Kong, 1984, 1h43, couleurs, format 1.85

Réalisation Tsui Hark
Scénario Chan Koon-chung, Szeto Cheuk-hon, Raymond To
Photo Chi Kwan Oh
Musique James Wong
Montage Chow Siu-sum
Décors Hing Yee Ah Yeung
Costumes Poon An-ying
Production Tsui Hark, Film Workshop

Interprètes Kenny Bee (Tung Kwok-man), Sylvia Chang (Shu-shu), Sally Yeh (Stool), Loletta Lee (Chicken Fung), Shing Fui-on (Dummy), Helen Ma (Chow Siu-sin), Fung Woo (Mr. Mo)

Sortie à Hong Kong 11 octobre 1984

Restauration 4K au laboratoire L’Immagine Ritrovata, supervisée par Tsui Hark.
Ayant-droit : Spectrum Films - Film Workshop