Soldier’s Story

A Soldier’s Story

de Norman Jewison · 1984 · 1h42

Le sergent Waters (Adolph Caesar) tanguait, ivre-mort, sur une route déserte, lorsqu'il reçut deux balles de 45 à bout portant. Les derniers mots qu'il prononça avant de s'effondrer furent une dénonciation – un cri de haine contre les Blancs auxquels il avait essayé, toute sa vie, de ressembler... L'assassinat d'un Noir, dans le Sud, en 1944, est chose banale, mais Waters jouissait, à Fort Neal, Louisiane, d'une réputation et d'un prestige particuliers. L'Armée se voit donc contrainte d'ouvrir une enquête, et dépêche sur place un officier de Washington, le capitaine Davenport (Howard E. Rollins Jr.). Aux yeux de ses supérieurs, Davenport présente trois mérites essentiels : il est gradé, avocat ...et Noir. Ces trois qualifications sont, à Fort Neal, autant de raisons de se faire haïr.

Adapté de la pièce de Charles Fuller, récompensée par le Prix Pulitzer en 1982, Soldier's Story n’est, des mots de son auteur et ici adaptateur, pas autre chose qu’« une histoire américaine ». Norman Jewison avait déjà signé un opus traitant du racisme avec l’oscarisé Dans la chaleur de la nuit. Il est ici séduit par le travail du dramaturge afro-américain : « Fuller a analysé en profondeur ce qui se produit chez des gens qui vivent constamment sous le régime de la ségrégation. Les tourments du sergent Waters sont le résultat de cette discrimination. Mais ici la victime est également le “méchant”, et je ne crois pas que le public ait jamais entendu des Noirs parler aussi ouvertement et honnêtement que dans la pièce et le script de Fuller » (Norman Jewison).

Soldier's Story n’est pas un film sur l’U.S. Army, il est un film sur les habitudes ségrégationnistes du Sud profond et leurs effets délétères. Le cinéaste et son scénariste racontent les paradoxes du racisme, les mécanismes d’identification et d’intégration des valeurs dominantes. Haine des Blancs envers les Noirs, relégués aux fastidieuses corvées, haine des Noirs envers les Blancs, maltraitants, haine de tous envers ceux qui trahissent leur camp supposé… Usant, comme dans Dans la chaleur de la nuit, de la forme de l’enquête (illustrée par la musique improvisée en studio par Herbie Hancock), Jewison met au jour une multitude de déceptions et de rancœurs, d’ambitions et de frustrations, et autant de suspects potentiels. Laissant le spectateur à sa réflexion, le cinéaste n’oublie pas de rappeler au passage la forte contribution des Afro-américains aux combats des Première et Seconde Guerres mondiales.

« À l'image de Dans la chaleur de la nuit*, le propos racial de* Soldier's Story (qui, en 18 ans, s'est considérablement nuancé) est véhiculé par une intrigue policière classique. La pièce du dramaturge noir Charles Fuller, rodée et récompensée à Broadway, fournit à Jewison son meilleur scénario depuis longtemps, ainsi que l'interprétation, saisissante, de deux transfuges de la création scénique: Adolph Caesar dans le rôle du sergent Waters, le bourreau et la victime, et Larry Riley dans le rôle de C.J. le "gentil" noir bouc émissaire de la tragédie. Mais tous les acteurs sont parfaits (signalons encore Dennis Lipscomb, l'officier blanc harassé) et comme d'habitude quand on lui fournit le bon script et la bonne distribution, le cinéaste fait fonctionner sans détour cette "combinaison gagnante", mettant tout son métier au service d'une reconstitution impeccablement réalisée. » (Yann Tobin, Positif n° 291, mai 1985)

Soldier’s Story (A Soldier’s Story)
États-Unis, 1984, 1h42, couleurs, format 1.85

Réalisation Norman Jewison
Scénario Charles Fuller, d’après sa pièce éponyme
Photo Russel Boyd
Musique Herbie Hancock ; Patti LaBelle, Larry Riley, The Andrews Sisters
Montage Caroline Biggerstaff, Mark Warner
Décors Walter Scott Herndon
Costumes Thomas S. Dawson
Production Norman Jewison, Patrick Palmer, Ronald L. Schwary, Colombia Pictures, Caldix, Delphi Productions

Interprètes Howard E. Rollins Jr. (le capitaine Davenport), Adolph Caesar (le sergent-chef Waters), Art Evans (le soldat Wilkie), David Alan Grier (le caporal Cobb), David Harris (le soldat Smalls), Dennis Lipscomb (le capitaine Taylor), Larry Riley (C.J. Memphis), Robert Townsend (le caporal Ellis), Denzel Washington (le soldat de première classe Peterson), William Allen Young (le soldat Henson)

Présentation au Festival de Toronto 13 septembre 1984
Sortie aux États-Unis 14 septembre 1984
Sortie en France 6 mars 1985

Restauration Sony Pictures Entertainment US
Création en exclusivité d’un DCP VOSTF pour le festival par Sony Pictures US, que nous remercions.
Distributeur : Park Circus