Tontaine et Tonton

de Tonie Marshall · France · 2000 · 55min

Suivi de Soin thanatos – Épisode de la série Vénus et Apollon de Pascal Lahmani (2005, 26min) 

Alexandre (Patrick Pineau) et Joseph (Éric Petitjean) abordent dans la rue la belle Justine (Emmanuelle Devos) qui les invite chez elle à dîner. Pressés de la séduire, ils tombent de haut lorsqu’ils découvrent que Justine n’a d’yeux que pour François Mitterrand, à qui elle voue un culte. Ils vont devoir rivaliser d’inventivité pour la conquérir.

Dans les années 90, Pierre Chevalier, directeur de l’unité fiction d’Arte, initie des collections thématiques regroupant des téléfilms signés par des réalisateurs prestigieux. La série Tous les garçons et les filles de leur âge, consacrée aux tourments de l’adolescence, connaît un fort retentissement critique, tout comme 2000 vu par…, qui explore le vertige du passage au nouveau millénaire. Dans la continuité de ces précédentes réussites, Pierre Chevalier lance un autre projet sur le même modèle, intitulé Gauche / Droite . Un sujet dont vont s’emparer six cinéastes français : Érick Zonca, Dominique Cabrera, Pierre Salvadori, Claire Devers, Sébastien Lifshitz et Tonie Marshall. Tous ont pour mission de s’inscrire dans un genre précis. La réalisatrice de Vénus beauté (Institut) est la seule à livrer une comédie.

Dans Tontaine et Tonton, la politique est une affaire de désir. Le récit, qui tient du marivaudage, suit les affres de deux amis d’enfance, tombés sous le charme de Justine. Leur désir va être mis à rude épreuve face à la personnalité de la jeune femme, qui ne vit que pour François Mitterrand, à qui elle consacre une thèse sous-titrée « Le consensus sort de la vérité ». L’étudiante a nommé son chien Jarnac, en hommage au fief de l’ancien chef d’État. Elle a transformé son appartement, près de Bastille, en véritable sanctuaire. Le slogan de 1981 « La force tranquille » est inscrit sur le mur, le portrait de « Tonton » trône au-dessus de son lit, et même les assiettes sont à son effigie. Tonie Marshall s’amuse du décalage entre la sensualité de son héroïne, plantureuse et affriolante, et sa passion mitterrandienne, qui refroidit les ardeurs de ses prétendants. Sous le prisme de l’humour, elle porte un regard ironique sur la fascination exercée sur les intellectuels par le président socialiste, ici vu comme un frein à la jouissance.   

« Savoureux mixage entre érotisme et recettes culinaires, le film suggère par son début et sa fin sur des passants anonymes et des protagonistes secondaires que cette politicomania est en train de gagner le reste de la ville ! La façon dont Tonie Marshall se moque ainsi du sujet de la collection est jubilatoire car le dialogue sait balancer au passage quelques vacheries bien senties propres à déstabiliser l’encombrante statue du Commandeur. » (René Prédal, Jeune cinéma n°262, mai 2000)

Tontaine et Tonton
France, 2000, 55 min, couleurs, format 1.33

Réalisation & scénario Tonie Marshall
Photo Gérard de Battista
Musique Vincent Malone
Montage Jacques Comets
Décors Emmanuel de Chauvigny
Costumes Corinne Le Flem
Production Gilles Sandoz, Agat Films & Cie, La Sept / Arte

Interprètes Emmanuelle Devos (Justine), Patrick Pineau (Alexandre), Éric Petitjean (Joseph), Hélène Fillières (la voisine)

Diffusion sur Arte 17 mars 2000

Ayant-droit : Agat Films