© 1989 Gaumont / Studil EL / Cecchi Gori Group Fin. Ma Vi. / DR
Splendor
de Ettore Scola · Italie, France · 1989 · 1h50
Le Splendor, petit cinéma de province, est contraint de fermer ses portes. Jordan (Marcello Mastroianni), le propriétaire, se remémore son enfance, sa découverte du 7e art, les grands moments vécus dans cette salle et son histoire d’amour avec l’ouvreuse, Chantal (Marina Vlady). Le projectionniste Luigi (Massimo Troisi) replonge lui aussi dans ses souvenirs.
Présenté au Festival de Cannes 1989, Splendor reçoit un accueil mitigé et se voit éclipsé par Cinéma Paradiso de Giuseppe Tornatore, sélectionné lors de la même édition et dont la trame est très proche. Les deux œuvres partagent l’ambition de célébrer la passion du cinéma, son utilité sociale, sa capacité à créer du lien. Ettore Scola démarre son film au moment où le Splendor va baisser le rideau : on décroche son enseigne lumineuse, et bientôt seront démontés fauteuils et appareils. La nostalgie est de mise pour Jordan, campé par Marcello Mastroianni, et le film nous immerge dans sa mémoire, passant de la couleur au noir & blanc.
Ettore Scola déroule la vie de Jordan en faisant des allers-retours entre les époques. Enfant, il accompagnait son père de village en village pour faire découvrir le cinéma aux habitants. Plus tard, il a vécu l’inauguration de la salle sous l’ère fasciste, avec en première séance Scipion l’Africain (Carmine Gallone, 1937). Après la guerre est venue une période bénie, où les spectateurs se pressaient au Splendor, ravis de pouvoir s’évader. C’est la période où Jordan a rencontré Chantal, à l’origine danseuse de variétés. Luigi de son côté est arrivé dans les années 60 et s’est nourri de tous les films qu’il a projetés depuis sa cabine. Au fur et à mesure que le récit se rapproche du présent, un triste constat se fait jour : les recettes se tarissent, la télévision remplace le grand écran, et il devient plus difficile d’attirer le public, malgré les idées parfois farfelues de Jordan et Luigi.
Dans cet hommage ému au cinéma d’antan qui se veut toutefois porteur d’espoir, Ettore Scola utilise de nombreux extraits de grands classiques, signés Fritz Lang, Ingmar Bergman, Jacques Tati ou François Truffaut, et même un passage du Fanfaron (Dino Risi, 1962) qu’il a lui-même écrit. Une manière d’inscrire son propre parcours dans une histoire plus large, qu’il tient à défendre et à transmettre.
« Ce n’est pas une symphonie comme La Terrasse ou La Famille*, mais ce n’est pas, malgré le sujet, un requiem. C’est une sonate, une musique intime, jouée avec* maestria par trois solistes, la nostalgie, la lucidité et la mélancolie. C’est aussi une comédie où l’on rit assez souvent, tout baigné que l’on soit d’un pessimisme suave. » (Danièle Heymann, Le Monde, 16 mai 1989)
Splendor
Italie, France, 1989, 1h50, couleurs, noir et blanc, format 1.66
Réalisation & scénario Ettore Scola
Photo Luciano Tovoli
Musique Armando Trovajoli
Montage Francesco Malvestito
Décors Luciano Ricceri
Costumes Gabriella Pescucci
Production Mario Cecchi Gori, Vittorio Cecchi Gori, Cecchi Gori Group Tiger Cinematografica, Studio EL
Interprètes Marcello Mastroianni (Jordan), Massimo Troisi (Luigi), Marina Vlady (Chantal Duvivier), Paolo Panelli (Paolo), Pamela Villoresi (Eugenia), Giacomo Piperno (Lo Fazio), Mauro Bosco (le père de Jordan), Ferruccio Castronuovo (Cocomero), Giada Desideri (Giada)
Sortie en Italie 9 mars 1989
Présentation au Festival de Cannes 14 mai 1989
Sortie en France 17 mai 1989
Restauration 2K Gaumont au laboratoire Éclair Cinéma.
Distributeur : Gaumont