The Barber – L’Homme qui n'était pas là

The Man Who Wasn’t There

de Joel & Ethan Coen · États-Unis · 2001 · 1h56

Etats-Unis, été 1949. Ed Crane (Billy Bob Thornton) est coiffeur dans une petite ville de Californie du Nord. Il n’aime pas son existence. L’infidélité de son épouse Doris (Frances McDormand) lui offre peut-être l’occasion de tout changer en faisant chanter son amant, Big Dave (James Gandolfini). Le peu scrupuleux projet d’Ed va bientôt l’entraîner vers d’inavouables découvertes et de très sombres extrémités… 

D’une maîtrise esthétique époustouflante, The Barber est le premier film en noir & blanc des frères Coen, tout en nuance et en contraste, grâce à l’utilisation par Roger Deakins d’une pellicule couleur développée en noir & blanc. Aux côtés de leur famille de cinéma, tant artistique que technique, les cinéastes signent un film au style particulièrement soigné, imprégné de l’œuvre de James Cain, dans la lignée des films noirs des années 40 dans lesquels Humphrey Bogart traînait sa présence aussi magnétique que mélancolique. 

Ed Crane est l’homme qui n’était pas là, un fantôme que personne ne voit, un taiseux qui trouve que tout le monde parle bien trop. Il est un homme ordinaire, taciturne. Il n’est pas heureux et sait qu’il ne passera pas sa vie à couper des cheveux dans le salon de son beau-frère. L’occasion de changer de vie se présente en la personne d’un voyageur de commerce. Puis tout dérape. Ed Crane – brillamment interprété par Billy Bob Thornton au jeu contenu – se contentera de réagir aux situations, devenant le conteur extérieur de sa propre vie. 

The Barber déroule une narration tout en ruptures inattendues, plongeant le spectateur dans une langueur intranquille. Pour preuve la scène de discussion nocturne avec Ann, épouse de l’amant de Doris, qui ouvre le film vers une "autre dimension". L’ambiance change, l’ombre découpée des feuillages de cette nuit américaine expédie les personnages dans une série B des années 50. 

On ne saura jamais qui est réellement Ed, cet homme absent du monde qui l’entoure. Est-ce lui qui bascule ? Ou le monde dans lequel il évolue ? « Derrière chaque événement crucial se profile la paranoïa de l'Amérique d'après-guerre, cette peur d'un monde changeant, de menaces venues de l'extérieur – communistes, bombes atomiques ou envahisseurs extraterrestres –, alors même que le vrai danger guette, à l'affût, dans les salles à manger et les salons de coiffure... […] Dans The Barber, pour étayer sa défense, l'avocat arrogant et baratineur de Doris Crane, Freddy Reidenschneider, en appelle au principe d'incertitude de Heisenberg. L'univers est inconnaissable. Par conséquent, essayer de trouver une signification à ce monde et, par extension, au monde coenesque, est une entreprise de fous et de meurtriers. Appelons cela le principe d'incertitude des frères Coen. » (Ian Nathan, Ethan et Joel Coen, Cahiers du cinéma, 2012)

The Barber - L'Homme qui n'était pas là (The Man Who Wasn't There)
États-Unis, 2001, 1h56, noir et blanc, format 1.85

Réalisation Joel Coen
Scénario Joel Coen, Ethan Coen
Photo Roger Deakins
Musique Carter Burwell ; Johnny Blackburn, Karl Siessdorf, Richard Rodgers, Oscar Hammerstein, Wolfgang Amadeus Mozart…
Montage Roderick Jaynes, Tricia Cooke
Décors Dennis Gassner
Costumes  Mary Zophres
Production Ethan Coen, John Cameron, Working Title Films

Interprètes Billy Bob Thornton (Ed Crane), Frances McDormand (Doris), Michael Badalucco (Frank), James Gandolfini (Big Dave), Katherine Borowitz (Ann Nirdlinger), Jon Polito (Creighton Tolliver), Scarlett Johansson (Birdy Abundas), Richard Jenkins (Walter Abundas), Tony Shalhoub (Freddy Riedenschneider), Christopher Kriesa (Persky), Brian Haley (Krebs), Jack McGee (Burns)

Présentation au Festival de Cannes 13 mai 2001
Sortie en France 7 novembre 2001
Sortie aux États-Unis 16 novembre 2001

Restauration 4K supervisée et approuvée par le directeur de la photographie Roger Deakins.
Création d’un DCP VOSTF par Universal Pictures US en exclusivité pour le festival.
Ayant-droit : Universal Pictures US