The Grandmaster

Yi dai zong shi

de Wong Kar-wai · Hong Kong, Chine · 2013 · 2h10

1936, Foshan, Chine du Sud. Le grand-maître Baosen (Wang Qingxiang) fait ses adieux devant les représentants des quatre écoles de kung-fu, réunis au sein de la plus belle des maisons de plaisir, le Pavillon d’or. Baosen cherche son successeur. Ip Man (Tony Leung Chiu-Wai), noble chinois, maître de wing chun, est choisi pour l'affronter.

Wong Kar-wai filme le destin sur plusieurs décennies – entre réalité historique et fantasmes d’auteur – d’Ip Man (futur mentor de Bruce Lee), une vie où se croiseront d’autres maîtres de kung-fu, comme l’énigmatique La Lame, le traître Mo San et surtout Gong Er (Zhang Ziyi), fille du maître Baosen et la seule à connaître la figure mortelle des "64 mains". La relation, entre admiration et amour, entre Ip Man et Gong Er, ne sera jamais consommée, le destin (ils appartiennent à deux camps rivaux) et l’Histoire séparant les deux personnages.

Car The Grandmaster est un récit empreint d’Histoire. Entre 1930 et 1950, la Chine vit de profonds bouleversements : l’invasion de la Mandchourie par les Japonais, la guerre sino-japonaise, la guerre civile, la prise de pouvoir par les communistes, l’exil vers Hong Kong… Une ère du chaos, la fin d’une époque, où des personnages à mi-chemin entre humains et divinités sont forcés d’intégrer une vie moderne et bien réelle (Ip Man perd ses enfants, se voit confisquer tous ses biens par l’armée japonaise…).

Cette réflexion sur la quête d’un monde perdu, l’honneur, la vengeance, l’héritage et sur la division d’un pays et son identité (réflexion alors transposable sur l’avenir de Hong Kong, rétrocédée quinze ans avant la sortie de The Grandmaster), aura mis six ans, dont trois de tournage, à voir le jour. C’est une superproduction qui installe définitivement – s’il en était encore besoin – son auteur comme un formaliste virtuose. Les combats réglés par Yuen Woo-ping (Matrix, Kill Bill) sont un véritable ballet : les corps ne se cognent pas mais s’effleurent, ils restent suspendus dans un temps arrêté, pour mieux admirer un geste décomposé. Un irréalisme qui fait basculer le spectateur dans l’onirisme.

« Zhang Ziyi est magnifiée telle une icône hollywoodienne des années 40 alors que Tony Leung vieillit avec une grâce absolue. La photo (due au Français Philippe Le Sourd) invente un chromatisme nocturne gris brun cendré, proche du noir & blanc. […] Fresque du basculement de la Chine dans l’ère moderne, déferlement ultra stylisé de scènes d’action, chronique d’un amour impossible ou platonique, The Grandmaster est aussi un plaidoyer pour l’exercice et la transmission de son art contre toutes les contingences, y compris celles de l’air du temps, de la gloire et du succès. Nul doute que The Grandmaster *est aussi un fier autoportrait en creux. *» (Serge Kaganski, Les Inrockuptibles, 17 avril 2017)

The Grandmaster (Yi dai zong shi)
Hong Kong, Chine, 2013, 2h10, couleurs, format 2.35

Réalisation Wong Kar-wai
Scénario Wong Kar-wai, Zou Jingzhi, Xu Haofeng
Photo Philippe Le Sourd
Effets visuels BUF
Chorégraphie des combats Yuen Woo-ping
Musique Nathaniel Méchaly, Shigeru Umebayashi, Stefano Lentini,
Montage William Chang, Hung Poon
Direction artistique William Chang, Alfred Yau, Tony Au, Chris Wong
Décors William Chang, Alfred Yau
Costumes William Chang, Shandy Lui
Production Wong Kar-wai, Jet Tone Production, Block 2 Pictures, Sil-Metropole Organisation, Bona International Film Group, Annapurna Pictures

Interprètes Tony Leung Chiu-Wai (Ip Man), Wang Qingxiang (Maître Gong Baosen), Zhang Ziyi (Gong Er), Chang Chen (La Lame), Shang Tielong (Jiang), Zhang Jin (Ma San), Yuen Woo-ping (Chan Wah-shun), Cung Le (Tiexieqi), Song Hye-kyo (Zhang Yongcheng), Zhao Benshan (Ding Lianshan), Xiao Shen-Yang (San Jiangshui)

Sortie en Chine 8 janvier 2013
Sortie à Hong Kong 10 janvier 2013
Présentation à la Berlinale 7 février 2013
Sortie en France 17 avril 2013

Distributeur : The Jokers Films. 
Version longue chinoise, inédite en France déjà ressortie en début d’année.