Train de vie

de Radu Mihaileanu · France, Roumanie · 1998 · 1h43

En 1941, Schlomo (Lionel Abelanski), considéré comme le fou de son village d’Europe de l’Est, apporte une terrible nouvelle : les nazis raflent les citoyens juifs et les convoient vers une destination inconnue, dont nul ne revient jamais. Pour éviter de subir le même sort, un conseil de sages se réunit et adopte une proposition farfelue. Ils décident d’organiser leur fausse déportation, en achetant un train où monteront les habitants, tandis que certains d’entre eux joueront les officiers allemands, afin de tromper l’ennemi et de rejoindre la Terre promise.

Cinéaste français né en Roumanie en 1958, Radu Mihaileanu est issu d’une famille juive, et son père, militant communiste, a réussi à s’évader d’un camp de travail durant la guerre. Porteur de cette mémoire, il se demande comment l’aborder. En 1994, la sortie de La Liste de Schindler de Steven Spielberg provoque un vif débat sur la représentation de la Shoah à l’écran. Radu Mihaileanu a l’intuition qu’un autre type d’approche est possible, et se met en tête d’utiliser le rire pour exorciser la douleur. Le cinéaste précise ainsi sa pensée : « Traiter la Shoah avec un autre langage ne signifie pas se moquer. Pour moi, la comédie est dans la lignée de l’humour juif, qui ne trahit ni la mémoire des gens, ni l’Histoire avec un grand H. Et puis, j’ai envie de parler de la mort pour parler de la vie. Je n’admets pas que les barbares gagnent deux fois : qu’ils aient tué des juifs, des Tziganes, des homosexuels et qu’on les combatte sur leur propre terrain, celui de la haine, avec leurs armes. » (L’Humanité, 16 septembre 1998)

Odyssée improbable narrée par un fou, Train de vie tient du conte. Radu Mihaileanu reconstitue l’atmosphère d’un shtetl, petite bourgade où les habitants unissent leurs forces pour mener à bien leur projet : pendant que certains assemblent un train wagon par wagon, d’autres apprennent à parler allemand sans accent yiddish, afin d’être plus crédibles dans leur rôle de soldats nazis. Inventif, le scénario a pourtant mis du temps à être financé, se heurtant à la frilosité de certains producteurs. Le rôle du fou a d’abord été proposé à Roberto Benigni. L’acteur italien a refusé, juste avant de réaliser de son côté La vie est belle, dont le succès a fait beaucoup d’ombre au film de Radu Mihaileanu, même si les deux œuvres sont au final très différentes. Soutenu par la musique de Goran Bregovic, Train de vie a néanmoins reçu un accueil chaleureux à la Mostra de Venise.

« Mihaileanu nous explique que la fable est une réponse, et l’humour l’ultime forme de résistance, mais il prend aussi soin de bien nous faire comprendre qu’ils ne constitueront jamais une alternative. » (Samuel Blumenfeld, Le Monde, 17 septembre 1998)

Train de vie
France, Roumanie, 1998, 1h43, couleurs, format 2.35

Réalisation & scénario Radu Mihaileanu
Photo Yorgos Arvanitis, Laurent Dailland
Musique Goran Bregovic
Montage Monique Rysselinck
Décors Christian Niculescu
Costumes Viorica Petrovici
Production Marc Baschet, Ludi Boeken, Frédérique Dumas-Zajdela, Éric Dussart, Cédomir Kolar, Noé Productions, Raphaël Films

Interprètes Lionel Abelanski (Schlomo), Rufus (Mordechai), Clément Harari (le rabbi), Michel Muller (Yossi), Bruno Abraham-Kremer (Yankele), Agathe de La Fontaine (Esther), Johan Leysen (Schmecht), Marie-José Nat (Sura), Gad Elmaleh (Manzatou), Serge Kribus (Schtroul), Rodica Sanda Tutuianu (Golda)

Présentation à la Mostra de Venise 5 septembre 1998
Sortie en France 16 septembre 1998

Restauration 4K Oï Oï Oï en collaboration avec Sooner.
Distributeur : Sooner
Remerciement Sooner, partenaire de l’Institut Lumière à l’année et du festival Lumière.