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Un flic
de Jean-Pierre Melville · France, Italie · 1972 · 1h41
Dans une station balnéaire déserte, un gang de quatre hommes commet un hold-up dans une banque. Si l’un d’eux est blessé, ils parviennent tout de même à prendre la fuite. Pendant ce temps, le commissaire Édouard Coleman (Alain Delon) effectue sa ronde dans Paris. Il ignore que son ami Simon (Richard Crenna), patron d’une boîte de nuit, est lié au braquage. L’équipe de malfaiteurs prépare un nouveau coup.
Dernier film de Jean-Pierre Melville, qui disparaît en août 1973, Un flic se place sous l’égide du détective Vidocq, à qui est attribuée cette citation : « Les seuls sentiments que l’homme ait jamais été capable d’inspirer au policier sont l’ambiguïté et la dérision. » La mise en scène du cinéaste fait sienne ce glacis émotionnel, nimbant chaque scène d’une teinte funèbre. Avares de mots, les personnages s’expriment avant tout par leurs actions, qu’ils exécutent avec un détachement stoïque. Ici policiers et truands se comportent avec une égale sécheresse, et même la relation sentimentale entre Édouard et sa maîtresse Cathy (la femme de Simon, interprétée par Catherine Deneuve) est traitée sans effusion.
L’abstraction d’Un flic est patente dès la séquence inaugurale, qui suit l’arrivée en voiture des gangsters à Saint-Jean-de-Monts, petite ville côtière de Vendée. Le paysage est hivernal, le ciel plombé, le vent strident, les rues vides de toute présence, et seuls résonnent les cris des mouettes. Le casse est filmé avec précision, dans un rythme volontairement lent, les jeux de regard assurant l’essentiel de la tension. Plus tard Jean-Pierre Melville capte en temps quasi réel une autre opération d’envergure : la saisie par les malfrats, depuis un hélicoptère, d’une cargaison de drogue convoyée dans un train. Si la virtuosité du cinéaste dans l’art du découpage éclate à cette occasion, l’utilisation de maquettes pour ce passage a été critiquée pour son manque de vraisemblance. Ce procédé s’inscrit toutefois dans le style de l’auteur, qui privilégie l’artifice au réalisme.
Après Le Samouraï (1967) et Le Cercle rouge (1970), Un flic marque la troisième collaboration entre Jean-Pierre Melville et Alain Delon. L’acteur joue de son visage impassible et de son autorité naturelle. À sa sortie, le film est éreinté par la critique, qui juge que la démarche du cinéaste tourne à vide et pointe la faiblesse du récit. Un flic a depuis été réhabilité, la mort du cinéaste en faisant une œuvre testamentaire.
« *L’histoire devient de plus en plus un prétexte, une façon commode de s’inscrire dans le genre du polar ; ce qui intéresse Melville est ailleurs : des figures, un trajet, une atmosphère, une forme. En ce sens l’univers d’*Un flic se révèle mélancolique et glacial, désespéré et silencieux. » (Antoine de Baecque, Jean-Pierre Melville, une vie, Seuil, 2017)
Un flic
France, Italie, 1972, 1h41, couleurs, format 1.66
Réalisation & scénario Jean-Pierre Melville
Photo Walter Wottitz
Musique Michel Colombier
Montage Patricia Nény
Décors Théobald Meurisse, Pierre Charron
Costumes Colette Baudot
Production Robert Dorfmann, Les Films Corona, Oceanic Films, Euro International Film
Interprètes Alain Delon (le commissaire Édouard Coleman), Richard Crenna (Simon), Catherine Deneuve (Cathy), Riccardo Cucciolla (Paul Weber), Simone Valère (la femme de Paul), Michael Conrad (Louis Costa), Paul Crauchet (Morand), André Pousse (Marc Albouis), Valérie Wilson (Gaby), Jean Desailly (l’homme distingué)
Sortie en France 25 octobre 1972
Label Lumière Classics
DCP sous-titré anglais en exclusivité pour le festival. Restauration 4K Studiocanal, avec le soutien du CNC au laboratoire Transperfect Media.
Distributeur : Studiocanal
Ressortie le 18 novembre