Voyage au bout de l’enfer
The Deer Hunter
de Michael Cimino · États-Unis, Royaume-Uni · 1978 · 3h03, int -12ans
Cinq amis sortent au petit matin des aciéries de Pennsylvanie pour marier Steven (John Savage), le plus jeune d’entre eux. Lors de la fête qui suit les noces, c’est au tour de Nick (Christopher Walken) de faire une demande en mariage à Linda (Meryl Streep), qu’il promet d’épouser à son retour du Viet Nam. Le groupe d’amis, à l’exception du jeune marié, part dans les montagnes chasser le cerf une dernière fois avant de partir au front. Michael (Robert De Niro), perfectionniste dans l’âme, met un point d’honneur à tuer celui-ci d’une seule balle. Quelque temps plus tard, Michael, Nick et Steven se retrouvent prisonniers du Vietcong.
Avec la démesure, l’ambition, le lyrisme, la puissance visuelle et de casting qui sont les siens, Michael Cimino s’attaque, deux ans avant La Porte du paradis, à dénoncer le désir de domination et de puissance de l’Amérique. Le cinéaste utilise les stigmates indélébiles de la plus grande débâcle militaire américaine pour se concentrer sur le devenir d’un pays meurtri et gangrené de l’intérieur. Épopée puissante dans son propos, intimiste par sa mise en scène, Voyage au bout de l’enfer est une œuvre éprouvante. D’un bout à l’autre du film, le cinéaste multiplie les scènes inoubliables, comme celle, terrifiante, de la roulette russe, apogée foudroyante du film. Christopher Walken vole presque la vedette à Robert De Niro tant son interprétation est puissante. Il témoigne : « J’ai tout vu avec des yeux neufs, et j’ai éprouvé des sentiments nouveaux. Il y a toutes sortes de théories sur le jeu d’acteur. Moi, j’essaie de perdre le contrôle. » Robert De Niro, fidèle à ses méthodes de travail, ira passer trois mois dans une mine de l’Ohio pour s’approprier l’histoire de ces ouvriers. Sa prestation est à la fois une confirmation et une consécration de son talent. La performance de Meryl Streep est irriguée d’une émotion personnelle dramatique : elle accepta le rôle de Linda afin d’accompagner son compagnon John Cazale, atteint d’un cancer foudroyant. Celui-ci décèdera avant la fin du tournage.
Voyage au bout de l’enfer, cousin direct d’Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979), porte une lumière aveuglante sur une guerre taboue. Mais « Voyage au bout de l’enfer n’est pas seulement un film sur la guerre du Viet Nam. Il est beaucoup plus que cela : c’est une œuvre épique consacrée à l’Amérique elle-même et à ce qui lui est consubstantiel, l’utopie et le rêve, sous leur forme à la fois idéaliste et cinématographique. Son sujet, c’est l’image elle-même, celle de la conscience comme celle du rêve américain, de son cauchemar aussi. La guerre du Viet Nam, on le sait, a créé un véritable trauma chez les Américains, dont le devenir s’est vu brutalement remis en cause. Tout l’enjeu de Voyage au bout de l’enfer repose non pas sur le récit, l’histoire de cette guerre effroyable, mais sur la volonté de l’oublier, de l’annuler pour ainsi dire, en revenant à une réalité mythique du pays. Croyance aveugle et très belle, urgente de Cimino dans la force imaginaire du cinéma, qui se traduit ici par un traitement de l’événement historique directement inspiré des pionniers américains (Griffith et Ford). Le cinéaste filme cette guerre comme un western. » (Jacques Morice, Cahiers du cinéma H.S. décembre 1993)
Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter)
États-Unis, Royaume-Uni, 1978, 3h03, couleurs, format 2.35
Réalisation Michael Cimino
Scénario Deric Washburn, Michael Cimino, Louis Garfinkle, Quinn K. Redeker
Photo Vilmos Zsigmond
Musique Stanley Myers
Montage Peter Zinner
Décors Dick Goddard, Alan Hicks
Costumes Eric Seelig
Production Michael Cimino, Michael Deeley, John Peverall, Barry Spikings, EMI, Universal Pictures
Interprètes Robert De Niro (Michael Vronsky), John Cazale (Stan "Stoch"), John Savage (Steven), Christopher Walken (Nikanor Chevotarevich, dit Nick), Meryl Streep (Linda), George Dzundza (John), Chuck Aspegren (Axel), Shirley Stoler (la mère de Steven), Rutanya Alda (Angela), Pierre Segui (Julien), Mady Kaplan (la fille d'Axel)
Présentation à la Berlinale février 1979
Sortie aux États-Unis 23 février 1979
Sortie en France 23 mars 1979
Restauration 4K Studiocanal au laboratoire Silver Salt.
Distributeur : Carlotta Films