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À L’HONNEUR

Une vie de lumière

POSTÉ LE 15.10.2026

« Il faut se perdre dans l’expression d’un visage, c’est tellement puissant ! » déclare Caleb Deschanel, grand chef-opérateur cinq fois nommé aux Oscars, quand il évoque ce qu’il préfère éclairer, mettre en valeur dans son travail, à savoir le visage. De ses débuts en 1979 à aujourd’hui, l’homme travaille toujours avec la même passion.

 

Caleb Deschanel est né en 1944 à Philadelphie. Son père, français de Oullins, dans la métropole de Lyon (!) émigre aux États-Unis en 1930. Après des études à l’université de Californie, branche cinéma, dont il sort diplômé en 1968, il étudie à l’American Film Institute. Très rapidement, dès 1969, il intègre les équipes de films dirigées par des cinéastes particulièrement reconnaissables par la personnalité de la lumière dans leurs films, Terrence Malick, George Lucas, John Cassavetes, ou Francis Ford Coppola. Chez ce dernier, il côtoie Gordon Willis et Vittorio Storaro. Deschanel va par la suite éclairer les films du très agité Hal Ashdy, de William Friedkin, de David Lynch sur trois épisodes de Twin Peaks, mais aussi Christopher McQuarrie, Warren Beatty… 


Son travail est rapidement reconnu puisqu’il est nommé aux Oscars de 1983 pour L’ Étoffe des héros de Philip Kaufman entre autres… En 1982, il passe à la réalisation avec The Escape Artist, puis en 1988 avec Crusoe. En 1984 il rejoint l’American Society of Cinematographers (A.S.C.). En 1993, il cofonde Dark Light Pictures, société de production, et studio de créations cinématographiques et télévisuelles.
 

Une de ses grandes influences est la peinture. Enfant, il dessinait des flip books. Il étudie l’histoire de l’art à l’école, et court les musées pour découvrir les grands peintres. Il observe particulièrement la façon dont ces artistes se servent de la lumière, des contrastes et des clairs obscurs autant sur un visage que sur un paysage. La composition d’un tableau l’intéresse également, car selon lui c’est ainsi que l’on fait naître et nuance différentes émotions. Deschanel met ses préceptes en application spécialement dans un film fou, La Passion du Christ de Mel Gibson (2002). Il se repenche pour l’occasion sur le travail pictural religieux, mais pas seulement. Le film de Gibson est une version rude et crue du calvaire de Jésus. Deschanel fait pas mal de recherche et s’inspire du Caravage et de ses rouges du sang au presque brun, salis par la poussière et la sueur. Les marques sur la peau, le corps, les blessures visibles sur les tableaux du maître italien lui donne la direction, non pas pour reproduire, mais pour livrer à travers la lumière sa propre interprétation. Deschanel met au point le contraire d’un travail hollywoodien glamour. Il pense aussi à Géricault et Raphael. Des peintres d’Europe. 
 

En 2026, il s’attaque à un nouveau défi, la stop-motion. Il est le chef opérateur de Wildwood de Travis Knight. Il qualifie cette collaboration au pays de l’animation en 2D de véritable voyage. « C’était réinventer toutes les choses que j’avais apprises à travers le temps ! » Comme assembler une mosaïque géante, « il faut mettre les pièces ensemble, le tout guidé par la couleur ». Le style Deschanel c’est sans doute ça, une certaine façon de se laisser guider par la lumière.


Virginie Apiou