© Red Peter Films / DR
GRANDE PROJECTION
Dernier train pour Busan
POSTÉ LE 10.10.2026
Sans savoir qu’une mystérieuse épidémie qui transforme les gens en zombies envahit le pays, un trader, et père négligent, et sa petite fille, prennent le dernier train pour Busan.
Dernier train pour Busan de Yeon Sang-ho est donc un film de zombies, et même d’infestés, sorte de sous-genre du cinéma d’horreur. Il en respecte les codes, il les restitue pour le meilleur. Le réalisateur et également scénariste déploie savamment son attention sur un groupe de survivants dont il est sûr que tous ne vont pas s’en sortir. Parmi eux certains vont se révéler extraordinaires jusqu’au sacrifice, et d’autres, de parfaits petits capitalistes lâches qui ne pensent qu’à eux et leur profit. Le film chemine par ailleurs sur un double rythme dont le point commun est d’être soutenu, sans répit. Il y a le rythme du train, sorte de TGV sud-coréen, donc à grande vitesse. Et il y a les assauts répétés des contaminés, les zombies qui sont rapides et ne connaissent pas la fatigue. Yeon Sang-ho tient alors son film, comme un cocher tiendrait une diligence poursuivie par des assassins à travers le Grand Canyon, chaque arrêt est une menace, et à l’intérieur du véhicule se joue toutes les tensions sociales. Comme tout bon film de genre, Dernier train pour Busan dénonce les inégalités criantes de la société de son pays, l’aliénation des travailleurs qu’ils soient ouvriers ou traders, la perte de tous les repères, sauf celui de l’argent. Sans être jamais manichéen pour autant, Yeon Sang-ho replace la notion de l’être humain au centre de tout, et notamment grâce au personnage porté par le solide Ma Dong-seok, sorte de Lino Ventura sud-coréen, qui comprend très vite comment il doit agir et n’en démord pas, quitte à être mordu ! Attaque salvatrice d’un capitalisme corrupteur, Dernier train pour Busan, flanque son discours politique au milieu de son train, livre un spectacle formidable et haletant, et croit en l’humanité pourvu qu’elle se réveille.
Virginie Apiou