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FOCUS
Rollerball
POSTÉ LE 11.10.2026
En 2018, dans un monde où les pays et les états n’existent plus, seul le Rollerball un jeu d’arène et de mort rassemble les hommes.
Tout individualisme est banni. En conséquence la notoriété en passe d’être hors de contrôle de Jonathan, champion absolu du Rollerball, pose un problème. Il faut absolument le pousser à se retirer du monde. Rollerball est un divertissement dystopique d’une grande et belle intelligence. Il place au cœur d’un univers déshumanisé, un héros instinctif, totalement investi par le jeu minimaliste de James Caan.
L’acteur trimballe ses épaules carrées, sa voix douce qui ne monte jamais, et son regard toujours en état de survie et de déduction, face aux discours de manipulation en tous genres. Difficile de savoir ce qu’il pense. Norman Jewison alterne les scènes d’action sèches et intenses, avec des moments de grande douceur souvent trompeuse, car les séquences les plus dangereuses ne sont pas celles qu’on croit. Le cinéaste ne cesse de jouer sur les contrastes afin de maintenir en permanence l’attention et la tension du spectateur. Il oppose ainsi quelques embardées à l’extérieur, dans des paysages naturels, sortes de paradis perdus, avec des nombreuses scènes de couloirs aux plafonds bas, empruntés par le héros, telle une fourmi dans un vivarium. Il compose enfin un ensemble tenu par une direction artistique remarquable, toutes en couleurs chaudes et en son moelleux, enveloppants comme un venin.
Autre contraste salvateur, l’utilisation de standards du répertoire classique comme l’Adagio d’Albinoni, qui procure une impression d’éternité dans un monde moderne et futuriste. Réalisé en 1975, Rollerball dessine le profil d’un homme qui laisse vivre ses sentiments, de l’amitié à l’amour, et se révèle ainsi foncièrement inquiétant pour ce qui reste d’autorité, car il est imprévisible, même pour lui-même. Il échappe à tout. Cela rend le film bouleversant.
Virginie Apiou